Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Vendredi 15-9-2000

Aimé,

… Je reprends mes habitudes, c’est-à-dire une forme de liberté. T’as beau dire, le téléphone est une géniale invention ; ça aussi, on dirait que j’en prends la bonne habitude… … Je pensais… je pensais beaucoup de choses certainement. Et en particulier ceci, qui est plutôt embrouillé : il y a comme une « ligne de partage » dans la faculté de partager avec l’autre sa souffrance. Je veux dire : tout cet été j’ai voulu partager (et aussi refusé) cette souffrance de René. Aujourd’hui qu’il va mieux (réussite du psychiatre qui s’est entêté à continuer la prescription de l’Anaframil), le fond dépressif demeure – ennui et désoeuvrement … Mais partager ça avec lui, je ne peux pas. Comme si cette vie-là m’était étrangère ; ce qui voudrait dire qu’en ce qui concerne la souffrance, il y aurait en soi-même comme une aptitude à re-connaître une souffrance que l’on n’aurait pourtant pas connue. Je crois que je comprends, que je pourrais même en décrire la complexité ; en tout cas, le psychisme (tel qu’il est « actuellement ») est chose insondable, ce qui n’est peut-être pas son moindre attrait… ? J’ai beaucoup apprécié dans la dernière lettre que j’ai de toi tout ce que tu m’écris sur, de nouveau, la dignité, et la lâcheté, et sur le fait que la dépression et la révolte sont des « échappatoires » ; et sur la nécessité de l’honnêteté. J’aime cette façon que tu as de situer, et de centrer les choses. … Réfléchis à mon idée, pour ton texte, d’une édition en Inde… Je crois que les éditeurs en Inde ont de toute manière une oreille, et une écoute, plus … « préparées » … et sont peut-être moins commercialement dépendants de « marchés ».

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