Lettres à Divakar jusqu'à 2005

J’aurais pu déjà l’écrire … mais il faut du temps, fichtre, pour que ça descende dans le corps. … J’apprends beaucoup, dont une manière, à laquelle je puisse m’adapter telle que je suis faite, de vivre au jour le jour, tranquillement – ce qui, en définitive, me place dans un présent plus réellement présent. … Nous avons déjeuné samedi avec Philippe. Ah, quel « caractère », celui-là, un être singulièrement particulier, si je puis dire ! Très intelligent, très fin, excellent pianiste, avec des pensées d’une subtile perversité qu’il place dans ses pièces de théâtre qui paraissent injouables, mais dont il annonce chaque fois qu’elles vont être présentées incessamment à tel metteur en scène avec lequel il a rendez-vous. A mon écoute de … spécialiste, il a des hantises qui se cachent derrière des descriptions répétitives de repas et de mets à la limite du supportable, des hantises de la mort dans chacune de ses pièces (il en a douze en réserve)… tout cela n’empêchant en rien son sens du théâtre. Quant à sa personne, voilà, on y repense avec René : il vient de se laisser pousser la barbe, courte, au ras du visage ; grand chapeau noir à larges bords au-dessus même de cette barbe, long manteau (il est très grand) à pèlerine et, sous la veste très sobre, un superbe gilet : la personnification absolue d’un seigneur vénitien du 16 e siècle. Avec ça, très attentionné, il nous aime beaucoup, René et moi, et beaucoup en raison de l’affection que nous avions pour Ulrich. … Bon ! J’aime assez, tu as dû t’en apercevoir, te faire ces petits portraits des uns et des autres.

Mercredi matin

… Un temps détestable qui m’empêche d’aller m’acheter des chaussures rêvées. Cet après-midi je prends le thé avec ma petite Olga. Les occasions de déjeuner ensemble vont être rares : elle vient d’être nommée, après la réussite d’un

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