Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Lundi 9 avril 2000
… (A propos du récent départ de Paul, emporté par une soudaine crise cardiaque) Lorsque tu m’as dit au téléphone à propos de ses derniers temps, « ça ne l’intéressait plus », cette remarque m’a servi… Wanda m’a dit que depuis quelques semaines il était très irritable. Au téléphone, quelques heures avant de partir, j’ai bien senti qu’il le savait, et que tout lui échappait... Ça m’a servi, ta remarque, pour comprendre calmement ce qu’éprouve, en partie mais en partie seulement, René. La comparaison s’arrête là : les contradictions de Paul, il devait bien en avoir, n’avaient pas la même amplitude, ni la même nature. L’indépendance de Paul, l’une de ses qualités majeures, n’était ni un retrait, ni une solitude, ni un refus. ... Que te dire : je retrouve ma tranquillité avec un petit plus – comme chaque fois qu’ayant fait quelque pas en arrière on redémarre. Je me suis encore efforcée, - mais au nom de quoi finalement ! – à amener René à, au moins, s’interroger à partir de simples constats sur certaines composantes de son état physiologique/mental actuel, même s’il a des raisons d’y voir une chronicité depuis quasiment son enfance… Peine perdue, et cela continue de me stupéfier que l’on puisse être, et choisir d’être, à ce point dans l’opacité la plus complète… Même si je continue, par force dirais-je, à être exaspérée, puis émue, par le climat pesant, mais pesant (!!) de la dépression corporelle et morale qu’il traverse, et exhibe en quelque sorte, je retrouve bien ma niche personnelle avec quelques réflexions supplémentaires. Par exemple : pour quoi me dire que je suis impuissante à l’aider ?! Impuissante, au nom de quelle puissance souhaitée… !? Aider ? Aider qui, lui, moi, de quelle aide s’agit-il !? En fait, le respect de son chemin (comme tu l’évoquais dans l’une de tes lettres) est la seule action acceptable, et efficace.
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