Lettres à Divakar jusqu'à 2005

de moi mais de Green à propos de mon travail) que j’ai dans le domaine clinique. Je sais, je connais, je pratique mes manques ! Et puis, et surtout, je t’assure que le décalage qui m’encombre peut-être davantage est celui de l’âge : je n’en parle nullement ici à la manière consacrée habituelle, je pense même qu’à la limite cet âge me permet d’évoluer. Mais il y a une sacrée maldonne qui devient problématique dés que l’on sort de l’anonymat, je veux dire dés que le travail que je fais devient connu, public : personne, tu m’entends, absolument personne n’imagine mon âge véritable… Enfin, bon, j’arrête, t’as compris. Il faut que j’assume, comme on dit, et … « advienne que pourra » ! Ça m’a soulagée de te dire tout ça ! Ta suggestion d’un livre commun analyste/analysé a le mérite de faire travailler l’imaginaire. Je me suis amusée à chercher qui, en 25 ans de ma pratique, ferait en quelque sorte l’affaire. Deux, à la rigueur ; l’une d’elles – à propos de qui j’ai écrit un article dans la Revue, et qui revient me voir de temps en temps – a sur moi l’avantage de se souvenir de nombreuses séances ; elle a d’ailleurs accumulé des cahiers de notes. Voici donc, apparemment, un bon exemple ; or, rien n’est moins sûr ! Une analyse n’est jamais achevée, et cet inachèvement est en quelque sorte une clé pour un travail d’évolution, d’élaboration ; qu’un analysé pourrait, oui, rédiger, mais librement – je veux dire, seul… Reste un autre écueil : si j’ai pu dire dans cet article les enjeux représentés par l’analyse de cette patiente, et travailler sur et autour des processus qui pouvaient altérer gravement sa vie, c’est que j’ai déguisé (c’est la règle évidemment) son identité ; et il faut savoir que très fréquemment il n’est pas besoin (loin de là) pour libérer un patient, de dévoiler ce que l’analyste a découvert ou cru découvrir de la nature des conflits en cours. Il faut défaire les défenses pathologiques tout en laissant place à des défenses ouvertes, propres à un autre « voyage », sans nécessairement appuyer sur les points de douleur. Or, un livre en commun n’aurait de sens

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