Lettres à Divakar jusqu'à 2005

confrontée, et donc d’avoir pu auparavant se libérer d’un mécanisme répétitif, automatisme.

Imagine : mardi dernier en revenant de la Closerie des Lilas après le déjeuner avec Janine, yeux baissés sur la pointe de mes souliers je ne sais trop pourquoi (mauvaise habitude ?), je perçois comme une trombe sortie d’une cabine téléphonique, et me sens entourée de deux bras puissants : c’était Christian ! Toujours aussi beau, je le lui ai dit ! Il va bien ; il t’embrasse. Il était pressé, moi aussi, et main dans la main nous avons marché jusqu’au seuil du 27 ; ce qui m’a permis de graver dans ma mémoire cette charmante petite scène inattendue, d’une rapidité et d’une spontanéité totales : le long du trottoir, dans le caniveau, une eau courante sur laquelle flottait une belle tranche de pain, et à quelques centimètres derrière, les pieds dans l’eau, un pigeon, cou tendu, bec en avant, courant après ce pain, l’air aussi idiot que la plupart de ses congénères… ; tout en me parlant, Christian se baisse, ramasse ce pain providentiel et le tend au pigeon tout étonné… Et moi aussi : je n’avais jamais imaginé qu’on puisse voler au secours de cet oiseau avec un mouvement de cœur aussi immédiat et évident !

Vendredi

Un gros orage, rien de comparable avec ceux d’Auroville…, mais, même ici, j’aime pas ; on est dans une quasi obscurité, un ciel de nuit… … Voilà. Oui, oui, on est ensemble, c’est bien, et on avance (et tu m’aides si clairement)… Beaucoup, tendrement,

Colette.

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