Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Je suis vraiment peinée pour Radhakrishna. Connais-tu les motifs de ce suicide ? Et « toutes les conséquences », quelles sont-elles ? Il avait l’air non seulement bien fatigué la dernière fois que je l’ai vu, mais plus que ça me semble-t- il maintenant… Je suis également troublée : évidemment on n’entend jamais parler en Occident d’actes de ce genre, comme si les populations « pauvres » en étaient exemptes, comme si en quelque sorte ce geste était la marque d’une pensée évoluée (!), ou celle d’une civilisation industrialisée… Tout ce que tu me dis des mouvements et des crises internes et externes en Auroville, je crois que je le perçois avec justesse. Et en quelque sorte je les reconnais ; du point, du lieu où je suis, où j’en suis également, dans mon écoute des autres (des « analysants »), je constate ces va- et-vient entre avancées et reculs ; ces forces qui semblent se décupler en mesure des progrès accomplis ou qui s’annoncent. Or, à Auroville, ces forces semblent plus violentes, plus déroutantes encore – et à la mesure, là, de la grandeur de l’aspiration. Mais je crois – et je crois qu’il faut croire – à cette « construction d’un être plus conscient » dont tu parles ; il me semble que cela ne peut pas ne pas être, étant donné la force même de l’enjeu… (Qu’est-ce que j’aurais peur de ces orages, non ?!) … Je suis contente de travailler cet été à approfondir, ou éclairer certains points de mon article, ce qui ne m’empêchera nullement en octobre d’être placée devant les questions des participants qu séminaire. Merci de m’aider de la manière ferme dont tu le fais. Repensant à ce que tu m’écris, je me suis avisée ce matin que ce vide dans la tête…, qui est un mécanisme très paralysant, doit être fonction d’une faiblesse de ce courant conscient que tu évoques. Ce que j’écris là pourrait paraître une banale lapalissade ; pourtant non, car il s’agit d’un travail de conscience sur ce que j’ai écrit, ressenti, et d’une sûreté capable d’être
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