D'un seuil, témoigner
Même le choix le plus vrai ne peut se faire sous la contrainte.
Ce que l’homme a nommé conscience, à laquelle il n’a cessé d’aspirer, est une conscience relative : la référence la moins faillible, la moins corruptible, pour déterminer les termes du choix, éclairer sa nature, montrer ses conséquences. Le premier choix essentiel est, pour l’individu comme pour le groupe, celui de sa référence. La question que l’homme n’a cessé de se poser et de pos er à la vie, au manifeste, est une question relative : existe-t-il une référence objective, universelle, éternellement valide, pour déterminer les termes de tout choix ? L’homme a toujours senti, plus ou moins confusément, qu’il n’était, en soi, pas grand -chose, presque rien ; mais qu’il était aussi, peut -être, ce presque rien, cet absurde, ce toujours condamné, qu’il était peut - être aussi, malgré tout, la demeure possible d’un Certain Habitant, à la nature ou la réalité de Qui il pouvait peut- être tenter de s’unir. Un être très intérieur, très central, dont la permanence et la vision justifieraient peut-être, u n jour meilleur, le coût de toute l’expérience. Et qu’à certains moments i nexplicables il semblait bien qu’un contact s’établissait, qu’un courant passait, chargé d’une autre expérience, d’une intensité plus pleine, de mouvements et d’états comme d’une aut re nature. Trois nœuds de l’histoire.
Un prisonnier ? Une promesse ? Ou la dernière, l’ultime illusion ?
Et toute l’histoire est aussi celle de toutes les relations que l’homme a entretenues avec le mystère de son incarnation.
L’homme est multiple ; l’homme est nombreux. La première et implacable contrainte , est l’autre : autrui.
L’homme est un hôte dans la matière, il n’a pas les clés de la vie. La deuxième implacable contrainte est la mort, la défaite du support, la désintégration de la forme et du corps. A ces deux contraintes correspondent deux nécessités. Et ce sont deux signes du chemin. Dans ce drame situé par l’espace et le temps, chevauchant les rythmes de la force matérielle, porté, soutenu par elle ou, vaincu, obligé de lui rendre le corps et contraint encore et e ncore de perdre la forme mais condamné à revenir mendier d’elle les éléments d’un nouveau corps, aveuglément mû par l’absolue nécessité de grandir et de devenir, l’homme, séparé, étranger, incomplet, victime et meurtrier de fragments et d’éclats de soi, s’ est multiplié.
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