D'un seuil, témoigner

L’objet du détruire était immédiat ; le besoin de détruire était nul. L’objet de l’offrir était caché, inconnu ; le besoin d’offrir était impérieux. C’est le besoin, toujours, qui fait la différence. Le besoin réel, de chaque être, est la seule mesure de toute vie.

Depuis quelque temps, il y avait le sens d’une présence au -dessus, de quelqu’un, là, juste en haut, qui savait, qui possédait l’itinéraire, les pas à venir, et leur sens. Et aussi, autrement, en profondeur, l’impression plus ou moins constante d’une lumière invisible, d’une lumière dans l’obscur, d’une brûlure de lumière. L’ état qui dominait était la tension, ou le vide. Avec, dans cette vacance comme dans la diffusion de cette tension, des mouvements d’énergie de natures différentes : des explosions de désir ; des intermittences venues comme d’un autre âge, ou d’une personne qui serait déjà vieille ; des fulgurances ou des percées d’une certaine harmonie, d’une beauté particulière comme d’un monde presque privé. En contrepoint, un curieux instinct profond de l’équilibre. Et le sens d’une grande vitesse, se traduisant parfois en sentiment d’urgence et parfois, souvent, en actes désespérés. Je n’avais pas encore vingt ans. C’était l’année 1969, marquée par le toucher d’un certain rassemblement, comme si un grand Quelqu’Un solaire révélait soudain à eux -mêmes et entre eux ceux où sa semence attendait. Dans les yeux de quelques-uns, comme une chaleur nouvelle, ou plutôt une joie un peu plus qu’humaine, qui était comme un signe de reconnaissance. On pouvait tout faire, ne rien faire, s’abstenir ou s’abandonner, cela n’avait aucune importance ; dans ce feu qui avait enfin affleuré à nos yeux comme un rire d’une nature un peu plus qu’humaine, et plus vraie, était notre sécurité imprenable. Il n’y avait plus d’erreur, il y avait ça, une semence radiante en nous qui répondait à l’appel. Le temps venait. Il y avait la tentation de vivre là-dessus, de laisser ça organiser les circonstances, et nos corps s’épanouir. Je me souviens, quelque part pourtant, confusément au-dedans, je sentais plus de substance à l’appel, plus de conscience, là, qui tirait, comme l’aimant d’une plénitude centrale, d’une présence plus réelle encore, un glaive, un regard radical – et qu’il me fallait marcher physiquement, me déplacer – que ce n’était pas là où j’étais, qu’il n’y avait là que des effets.

Je sentais cela assez précisément pour dire : « je vais chercher ce qui nous manque ».

4

Ce que l’homme a nommé liberté, ce pour quoi il n’a cessé de lutter, est une liberté relative : celle de pouvoir, sans contrainte arbitraire, déterminer les termes du choix, faire le choix, et grandir par les conséquences de ce choix.

7

Made with FlippingBook Ebook Creator