D'un seuil, témoigner
La laideur, la beauté. L’amour, la haine. Le courage, la peur. Le désir, la volonté. L’intelligence, la bêtise. L’art, la vulgarité. L’orgueil, la honte. La cruauté, la générosité. Tout a contribué.
Les partis, les églises, toutes les colonisations de l’ombre, de la peur et du moi, n’y peuvent rien changer, elles s’annulant contre les parois souveraines de cet espace où nous sommes cloués.
On part de là où on est. Et un jour, on y revient. Alors, on sait.
Il est dit qu’une connaissance qui n’est pas simultanément un pouvoir d’agir n’est pas une connaissance vraie. Mais, dans notre cas, cette connaissance, cette certitude d’un périple abouti, impuissante dans les termes du périple, porte et implique une étrange capacité : celle de reconnaître et de discerner un autre Pouvoir, qu’il est hors de question de chercher à maîtriser, contrôler ou apprivoiser.
Le pouvoir vient par vagues. Et chaque vague est formatrice, créatrice, de chaque stade évolutif.
Depuis ces instants conscients où, debout dans une immensité physique et tangible, à la fois familière et inconnue, face à l’étendue mystérieuse et féconde d’une Nature inviolée, jusqu’à ce jour où, démultipliés à en suffoquer dans nos corps et nos actes , nous touchons les frontières infranchissables mais indéniables de notre état, une seule vague nous a portés.
Dans ses remous, ses tournoiements, ses soubresauts, son écume, sa puissance et ses calmes étales, nous avons tout éprouvé de son sens. Historiquement, ce sont des millions d’années physiques, et nous avons fait un pas.
Aujourd’hui, ce regard en nous a grandi. Aujourd’hui, là, juste en arrière, il voit : cette vague colossale, formidable se retire, et lui, il a grandi, là, juste en arrière, il sait : dans un moment, dans un espace, de ce calme absolu naissent et vivent déjà les rythmes et les lois de la prochaine étape. Le vacarme, la fureur et le vide, la violence, la terreur et la morne indifférence, le vertigineux pillage et gaspillage et la faim, la misère, la mort lente et jamais satisfaite, les plaisirs, l’ordre, l’art de vivre et l’absurde et la force constante de millions d’aspirations, de tensions ultimement contredites et toujours déchues, réduites, niées, la grandeur et l’insuffisance… - et pourtant, tout est là, toujours demeure, le manifeste triomphe, la force de son triomphe éternel nous oblige à devenir, ou nous détruit. Là, juste en arrière, juste là, c’est ce Regard qui grandit, c’est lui le pont, c’est lui le soi, le bien-être, le calme qui voit, entend, lui qui sait écouter et recevoir le signe, c’est lui silencieux, sans jugement : il voit.
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