D'un seuil, témoigner
Il y avait, je me souviens, un point de contact avec une immense et radicale colère. Mais tout était pris, comme épinglé, par une paix. Et, dés que l’on bougeait, l’incendie léger de cette joie cheminait avec soi.
Une drôle de question, qui portait tout avec elle. C’est là où on était. Et c’est là qu’on en est.
Avec la différence d’avoir eu un peu de temps pour vivre la question, la parcourir.
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Que sommes-nous ? Qu’est - ce que l’homme ?
La dégringolade a pris quelques mois.
Notre habitude d’hommes est de nous situer. Comme nous ne sommes pas conscients d’un centre réel, nous nous situons par rapport au reste. Nous nous appréhendons par comparaison, par comparaison nous construisons l’image de nous-mêmes. Puisque je ne suis ni libre ni conscient, il me faut m’allier à une identité abordable, de préférence supérieure, ou du moins plus valable, en ce qui me concerne, que ce que, par comparaison, je vois du monde tel qu’il est. S’il arrive que, pour obtenir cette identité préférable, je doive m’allier à un nombre, il faudra à ce nombre dont je ferai partie établir les valeurs qui marqueront notre statut, par
comparaison avec le reste, et nous protègeront de la convoitise. Voilà un processus ordinairement admis dans la vie humaine.
Il y a d’autres de ces processus ordinairement admis, beaucoup d’autres. Et chacun de nous les porte tous, à des degrés divers, différemment répartis.
Ils forment en quelque sorte notre patrimoine négatif. Et les membres d’une pauvreté d’être tenta culaire.
Seul dans une caverne, n’ayant pas à les vérifier, on peut prétendre sans trop d’opposition les ignorer. On met toutes ses billes dans le même sac et peut-être on gagnera une expérience authentique qui nous distinguera, à notre propre conscience d’homme, dans le souvenir indélébile de ce que nous sommes demeurés. Nous ne trouverons pas ainsi, et ne l’avons jamais trouvée, la force centrale qui peut changer l’état de la vie. Dans Sa «ville », il était proposé à notre apprentissage de trouver l’uni on par le travail : le travail physique extérieur comme contribution volontaire à une tâche impersonnelle et comme moyen de s’unir et de croître.
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