D'un seuil, témoigner

Ni plus ni moins. En proportion de ce que l’on est vraiment, et de combien on l’est, on rayonne évidemment un pouvoir conscient. Cela est la vraie, et la seule justice. Mais, dans cette humanité indéfinie, qui est un espace de transition et une arène, la petite personne dure qui nécessairement se forme aux cho cs d’une multitude sauvage d’énergies en mouvement, accepte peu à peu, à mesure qu’elle se forme, l’hypnotisme de la séparation. Conditionnés par l’ignorance environnante , nous apprenons à fixer notre écorce et, ce faisant, nous nous dissocions de notre propre accès à la source commune. Progressivement identifiés à cette formation durcie devenue notre monnaie d’échange et notre nom, nous devons survivre et nous nourrir dans le jeu des forces. Par manque d’être, ayant cédé notre liberté innée, confondu notre capacité propre de reconnaître la cause de ce manque, nous cherchons alors à nous mettre en rapport avec un peu de pouvoir ; selon notre nature extérieure, soit nous cherchons à l’acquérir, en chevauchant l’énergie qui pourra animer l’ombre que nous somme s, soit nous nous tournons passivement, et sans discernement profond, vers quiconque en sera déjà le véhicule. Et, d’une manière ou d’une autre, nous continuons ainsi de répéter et consolider l’habitude de s’en remettre à des énergies séparées, qui elles -m êmes s’enrichissent de notre adhésion en absorbant un peu de notre substance, et nous aggravons l’inévitable lutte qui devra se mener lorsqu’enfin nous éprouverons l’absolue nécessité de recouvrer notre liberté de choix et de reprendre contact avec nous-même. Car alors, ce n’est plus seulement avec la rigidité fabriquée de notre fausse identité, ni avec les sédiments de l’habitude répétée, qu’il nous f aut traiter, mais avec la souveraineté usurpée et maintenant menacée de toutes ces énergies avec lesquelles nous nous sommes alliés, et les contrats ainsi formés, dont les empreintes restent gravées dans notre état. Et c’st au moment de cet indispensable retournement que l’on touche concrètement à la réalité d’une aide et d’une grâce impersonnelles , non-humain es mais centrales à l’homme, ou unes avec Cela qui préside à son développement. La substance de l’homme est une ; ou que nous soyons, à quelque point du passage que nous nous trouvions, tant que nous appartenons encore à ce grand effort de transition, tant que quelque part nous sommes encore seulement humains, nous retrouverons les résonances et les effets de cette misère. Alor s même que nous sommes mis en présence d’une grandeur réelle, d’une vie et d’une action de la vérité, nous sommes encore confrontés à cette faiblesse de notre humanité, qui répond à la tentation d’utiliser un peu du pouvoir pour affirmer et aviver l’image de nous mêmes. Mais, autour de soi, la coalition spontanée de tout ce qui, partout, ment et prétend, est demeurée active et disponible, car ainsi notre monde est- il aujourd’hui encore, où la proportion de ceux qui ont réappris à choisir n’est pas encore suffisante pour m odifier la

27

Made with FlippingBook Ebook Creator