D'un seuil, témoigner
De Sa chambre, sans me voir, Elle m’avait fait porter une rose.
Du bord des c hoses, de la saillie instable de la vie, sans La voir, je L’avais déjà un peu reconnue, sur le crâne de mon corps le toucher pressant d’une Force enfin retrouvée, une extase acceptée, juste là, assis sur la pierre – oui, c’était bien Elle. Autour d’Elle, pourtant, le réseau aggloméré d’une impossibilité, la condensation avide, organisée, de notre vieille farce humaine : la petitesse dérivant de Sa Force la prétendue grandeur de ses masques. Pour La voir enfin, il fallait ramper sous les crocs et les griffes souriants des élus et des nantis, de Ses fiers instruments. Dans l’innocence hésitante encore libre de l’étranger à la comédie, déjà à mon insu catalogué, identifié, naïf encore de croire aux signes extérieurs d’une sincérité que j’aurais moi-même souha ité Lui offrir, je n’ai pas vu, j’ai rampé. Peut-être pas vraiment, sûrement pas volontairement mais, acceptant ne fut- ce qu’à peine de singer avec la grande famille, j’ai laissé entrer la peur et la grimace interférer. Et pourtant, d’emblée, dès le premi er instant, je reconnaissais une famille, une famille de Ses enfants, revenus pour être auprès d’Elle, à Ses pieds ; mais, aussi longtemps que notre conscience la plus physique n’est pas réellement convertie et notre ego physique n’a pas réellement abdiqué, nous sommes tous, sans exception, de possibles instruments pour ce qui refuse le vrai changement – dans le fait vibratoire, que nous le voulions ou non. Une seule fois la Grâce a pu agir et j’ai pu être seul à Ses pieds, seul avec Elle, mienne vraiment, Elle vraiment, le Sien vraiment, de tous temps et pour tous les temps des temps. Et si cette fois- là a pu être, c’est que les marées antagonistes s’étaient retirées, regagnant leurs camps, car Elle et moi, ensemble malgré en dépit d’eux, avions choisi, pour moi, de repartir. Alors on m’a rendu à Elle un instant, un impossible instant, avant de m’en retirer, de m’en séparer, de me rejeter dans la zone des condamnés, l’enfer des disgraciés, le chaudron de la farce et du destin. Mais je rends grâce éternellement d’avoir été écarté de cette bouche avide qui aspirait tant sa Force et Son Amour ; car, je le vois si clairement maintenant, dans l’état inchangé de notre nature, c’est une Grâce véritable d’être à la fois éloigné et brûlé par le contact ; car la plus grande, la plus terrible défaite, le mensonge le plus intolérable, est de La tromper en La servant.
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O Ma, si abominablement seule et si souverainement pleine Seule à porter le Besoin innommable Seule à connaître la force et le pouvoir de l’am our vrai Seule à construire le pont fragile et périlleux Seule à offrir
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