journal d'une transition
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Son message est sans surprise : elle ne veut plus me voir ; elle ne veut plus de contact avec moi, ni qu’Auragni ait de contact avec moi ; elle s’assume entièrement, et c’est là son expérience et il n’y a pas de discussion possible… Le pavé dans la poitrine, le trou qui s’ouvre béant ; c’est l’effacement du chemin… … Je me suis accroché à l’immobilité au-dedans. Puis j’ai écrit une réponse : de ne pas mentir ; que je savais bien que ces mots étaient déjà là, tapis, en attente ; mais que si elle veut s’assumer et assumer Auragni elle doit nécessairement assumer le fait qu’Auragni a aussi un père ; que je l’ai me beaucoup mais ne veux rien d’elle et que je viendrai demain… J’ai demandé à G.G de porter ce message… … Je me suis reposé. Ar. est venue me tenir compagnie, doucement, avec une compréhension tranquille et disponible… Et puis Dom est venue ; et c’était un autre masque, si faux et tordu que c’en était à la fois ridicule et effrayant ; elle venait me demander de leur donner, à elle et Krishna, tout l’argent que je pouvais afin qu’ils puissent partir ensemble « se reposer »… Quand je lui ai répondu qu’à mon sens, si c’était aussi clair qu’elle le disait, Krishna serait venu lui-même, elle m’a déclaré qu’elle et Krishna, c’était la même chose… ! … Ar. et Barbara sont revenues me raconter comment s’était passée la réunion générale pour l’élection du « nouveau gouvernement’… A peine 9O listes ont été reçues – à peine le tiers de la population adulte – et c’était sans joie… Les 12 élus sont : Andy, Deepti, Al.B, Chr., Al.M, Prem, Piero, Fred, M.T, Toine, Sanjeev et Bill S, et les 3 secrétaires proposées, ironie des choses, sont Myrtle, Barbara et Diane… ! … Si j’ai assez de joie en moi pour le faire, j’irai demain à « Jaïma », et advienne que pourra… Si Diane obtient des gens de « Jaïma » qu’ils s’opposent à moi, ce sera la solidarité des faibles et des menteurs, et je lutterai, même si je suis tout seul… Je refuse d’avoir aidé à la venue au monde d’Auragni pour laisser maintenant cette division se poser sur sa vie… … Que je doive être seul, je l’accepte ; ainsi que la concentration particulière qui m’est demandée, et la distance par rapport à toute relation humaine… Mais au moins qu’Auragni sache que je suis là, et puisse librement être près de moi ; qu’elle puisse sentir que je l’aime ; et qu’il y ait de l’amitié avec Diane… *11-2-1984, Auroville : Pendant mon tour de cuisine ce matin j’ai appris la mort d’Andropov, le 9, ce jeudi dernier… … Vers 14 heures je suis parti à « Jaïma ». Quand j’y suis arrivé, tout semblait tranquille ; j’entendais des voix dans la hutte de Diane ; je suis entré. Diane était assise, Auragni dans ses bras ; d’autres enfants étaient là, et Guy, qui s’est tourné vers moi et m’a dit qu’Auragni venait juste de tomber, à la renverse, de la hauteur de l’échelle de bambou qui mène à leur chambre ; qu’elle n’avait pas de mal, mais était encore sous le choc… Je me suis assis près d’elles et j’ai tenu les petits pieds de ma princesse ; et je sentais comment Diane interprétait tout ça : la logique… C’était terrible… C’était pathétique, et dangereux… Elle était rigide, grise… Je ne veux plus du drame, de la grimace, de la misère…
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