journal d'une transition

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*8-2-1984, Auroville : Je suis retourné à « Jaïma » cet après-midi ; Diane et Auragni m’attendaient, et Diane a souhaité que je les emmène à Pondy faire des courses… On s’est promenés tous les trois ; on a choisi des livres d’images avec Auragni ; on a mangé ensemble : c’était doux, et Diane semblait heureuse… A la nuit tombée, nous sommes allés ensemble voir Nolini : son corps était allongé dans la salle de méditation, presque au seuil de sa propre chambre ; c’était très simple et très paisible ; il y avait le sens fraternel d’un être qui est allé au maximum de sa participation sur Ton chemin, avec le corps… … De retour ici, je vois que Dom a emporté toutes ses affaires… … Mère, je veux devenir comme une éponge pour Toi, pour ce que Tu veux… *9-2-1984, Auroville : Aujourd’hui la fête de Diane ; je suis retourné à Pondy pour lui choisir quelques présents… J’avais pensé les lui porter en fin de journée – qu’alors les « invités » seraient repartis… Je suis donc arrivé à « Jaïma » vers 17 heures 30, et c’était le plus mauvais moment possible : les « amis » de Diane commençaient seulement d’arriver… ! Diane semblait mal à l’aise, et Auragni avait une petite figure triste… Heureusement pour moi Arjun était là et cela m’a aidé à passer les premiers moments ; puis P.P est arrivé et m’a délibérément ignoré, et les autres derrière lui ont fait de même, et c’est devenu bien pénible ; une atmosphère creuse, sauvée juste par les enfants… J’ai vu qu’Arjun aussi était inconfortable… Plus tard je suis allé trouver Diane un instant dans sa hutte pour lui remettre ses cadeaux, qu’elle regarda à peine ; et là, Auragni a voulu venir dans mes bras… C’est cela qui est douloureux, une peine dans mon cœur : de ne pas être capable pour elle de passer indemne entre les formations des autres et d’être là pour elle, libre de tout ça… Puis, Arjun me dit qu’il s’en allait ; et il n’y avait plus personne de proche pour moi… Alors que j’allais partir à mon tour, Auragni s’est mise à courir vers moi : si petite, si minuscule et si belle, mon amour… Aurassi l’a rappelée ; Auragni est restée plantée là sur le chemin, ne sachant plus de quel côté courir ; Aurassi l’a reprise… … Je ne suis pas encore assez droit, ni assez simple… … Ce soir Barbara est venue dîner avec moi, et c’était une autre incompréhension, avec son reproche de ne plus lui être disponible… Tout est si mélangé et la plus grande part de ce qui se passe entre les êtres humains semble se réduire à une sorte d’anthropophagie mutuelle – et je ne m’exclue pas de la chaîne misérable… ! C’est cette peine d’être si peu, et si mal, ce que je devrais être pour ma petite Auragni, qui est dure ; car je ne sais pas si le temps me sera donné de faire le progrès nécessaire…

*10-2-1984, Auroville : L’avalanche noire… Après la matinée de travail à Matrimandir j’ai trouvé, déposé dans la boîte de la Cuisine, un message de Diane : le masque, la division.

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