journal d'une transition

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*9-10-1999, Hôtel du Progrès : Téléphoné au Matrimandir ce matin ; Arjun, puis Selvam ; j’apprends que Shiva est malade, bronchite et typhoïde. Hier a été une journée forte, que je n’ai pas encore bien assimilée ; deux êtres vrais, que je n’avais pas vus depuis plus de trente ans, mais avec qui, chacun très différemment, un contact réel et solide a toujours continué de vivre et de croître : Paul, deux heures à déjeuner, mon adorable Paul, si direct et peu encombré, dont la figure ronde et ridée est devenue presque asiatique à 83 ans d’âge ; et G.F, que son amour et sa lucidité ont gardé en vie, après et malgré tant de dérives, de vadrouilles, de déboires et de douleurs et de voyages et de rencontres. G.F, que j’ai finalement retrouvé dans ce village au large de Montereau, après m’être magistralement perdu entre les banlieues qui n’en finissent plus et les autoroutes dont je ne connais pas les numéros ; G.F qui, étrangement, par cette intuition sûre que donne l’amour qui a survécu au temps et aux épreuves, a su, entre les récits de mille anecdotes de la vie mondaine et politique ici et là, souligner sans errer les termes de ce moment de transition où je me trouve et la nécessité de publier mon livre. Dans deux jours je descendrai seul dans le Sud retrouver F.J, Ch.J, Olivier, et ne reviendrai probablement que début Novembre à Paris ; j’ai ce besoin de rencontrer de la tendresse physique gratuite, sans inhibition ni interdits, libre de tous ces poids et toutes ces ombres qui pèsent sur la petite société d’Auroville – mais il faut que cela se présente harmonieusement et à son propre rythme. *11-10-1999, Auroville, Estuaire de la Gironde : Ocre, grise et bleue sous un soleil feutré par une onde pommelée de nuées, ue vaste étendue d’au calme. Le bac où j’ai rangé la voiture s’éloigne de La Blaye, avec son immense citadelle. Des forêts de part et d’autre de l’estuaire, une île à mi-chemin. Le repos du soleil. Je n’ai plus froid cet après-midi. Roulé presque sans arrêt depuis 9 h ce matin ; d’abord je me suis encore perdu dans la banlieue et je n’ai trouvé la bonne sortie que vers 10 h ; de la pluie battante jusqu’à Orléans ; puis, peu à peu, le soleil, les bois ; et, depuis Saintes, les landes, les belles landes qui sentent bon. Encore peut-être une heure de route pour retrouver Ch.J et F.J, sur le bassin d’Arcachon, tout près de l’océan.

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*14-12-1999, Auroville, « Sincérité » : Pourquoi ai je renoncé à prendre des notes à mesure que l’expérience se développait ? Je ne suis pas sûr de bien le comprendre. Il y avait à la fois un sens de futilité, et le souhait ou le besoin d’être complètement disponible et donnée à l’ensemble de perceptions qui se manifestaient à chaque contact et chaque instant. J‘ai vécu une grâce, j’ai vécu avec la Grâce, et chacun de ceux avec qui je me suis

trouvé en relation a éprouvé cette Grâce. Pour quoi ? Vers quoi ? Je n’en sais rien.

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