journal d'une transition
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Et les mûriers sauvages le long des sentiers, l’air est propre, la terre est propre, et les gens veulent saluer et reconnaître, sans effusion ni recul. Ce ne sont plus comme dans mon enfance seulement les « gens d’ici » : il y a des maisons et des maisons comme une autre sorte de vie qui s’installe, ni la ville ni la vie rurale ; chacun a sa voiture, son chien, son cheval peut-être, son bateau, sa canne à pêche, sa boîte aux lettres, son téléphone et sa télévision, mais tous les habitats respectent une harmonie, un caractère commun s’y exprime, comme une autre forme de l’entité des lieux. Chacun gagne sa vie et son droit à la vivre « bien » : un certain confort indépendant, une certaine paix, une certaine mobilité, un certain degré de relation au monde. *22-9-1999, La Ville aux Prévôts : L’air et le vent, et le soleil : c’est ici, étrangement, que le corps aime à s’ouvrir au soleil, à sentir ses rayons comme à les boire ; notre soleil de l’Inde est trop fort, trop dominant ; le soleil d’ici se présente comme un baume. L’océan est calme. Je vais et viens en vélo, la falaise, les collines environnantes, les tertres – ce tertre planté d’une croix qui domine la montée de la marée dans les terres, où j’allais souvent, petit. Ce qui a manqué à toute la chrétienté, c’est le renouveau spirituel : le renouvellement constant, en des formes toujours uniques, vivantes et rayonnantes, de l’expérience spirituelle. Et ainsi, ce qui a manqué aux êtres, c’est de pouvoir célébrer, approcher, recevoir la présence incarnée dans sa multiplicité d’aspects et de visages. Mon organisme ne s’est pas encore adapté – ni à la nourriture, ni aux rythmes du jour et de la nuit, ni à l’absence de tâches particulières ; mais il y a une sorte de bonheur physique, de gratitude envers cette abondance de douceurs et de beautés : les mûres dans les haies, les pâquerettes, les senteurs, la richesse de la lumière, la vivacité de l’air, le silence, la propreté. Je me donne cette période qui s’ouvre pour vraiment faire des progrès physiques, pour vraiment accrocher et installer une harmonie effective.
Parfois la solitude de ces vies humaines, cet attellement à la nécessité de « faire sa vie », pèse comme une masse – quelle est la solution progressive pour l’humanité ?
Tous les trois, puis C et moi, avons longtemps marché sur la grande digue de Paramé, à marée basse, et sommes revenus sous une pluie aussi forte que soudaine. Saint-Malo encore, à déjeuner. Les soirées sont longues : il est plus de 20 h et le soleil se couche à peine ; mais le jour se lève tard, c’est encore l’aube à 7 h le matin. Et la lune est sur le côté ! Ce matin, téléphoné à Ch.J, puis à Paul.
*23-9-1999, La Ville aux Prévôts : Une grande randonnée tous les trois.
Cette contrée est un trésor de beautés et d’atmosphères uniques – de petits ports tout bâtis de granite rose et gris, de grandes grèves où des rivières rejoignent la
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