Un Parcours

Les dents s’abîment plus vite chaque semaine, il n’y a plus rien à « réparer », on ne peut que remplacer par des prothèses en je ne sais quel matériau plastique, une ici et une là, et tout ça est incertain et sans charme ! Quelque chose aussi se trame en deux endroits, l’un sur l’avant -bras gauche, comme une éraflure qui ne guérit pas, et l’autre à côté d’une narine, dans la joue, une sorte de léger gonflement qui a pris la place d’un tout petit trou en haut de la lèvre, que René avait remarqué avec une drôle d’expression… Kovalan a « rencontré » la femme de sa vie : c’est -à- dire qu’il s’est connecté à l’un de ces sites de rencontre où l’on peut s’écrire et s’envoyer des photos, des documents, même des vidéos, et se persuader mutuellement que la chance nous sourit doublement : une recette pour un désastre, mais Kovalan ne me demande pas mon avis ; il est enthousiaste et, bientôt, la jeune femme débarque, venue d’une école de Krishnamurthy en Angleterre, et presque aussi rapidement, Kovalan et elle décident de se marier et les parents s’engagent à venir pour les noces et, effectivement, ils arrivent et tout le monde est « heureux » ; ce sont d’ailleurs des êtres en quête, intéressants, courageux, assez aventureu x aussi, c’est clair. Tout cela permet à Kovalan de partir en France et d’y trouver un travail. La maison de Colette est à nouveau libre, et c’est Manikandan qui y emménage. Lui et moi avons vécu ensemble quelques vrais moments, d’une qualité incontesta ble. Cependant, il s’intéresse à se construire une persona plutôt ambigüe, un composite complexe où se côtoient des types bien différents, une sorte d’entreprise en friche permanente, où se profilent différentes appartenances – depuis l’immense réservoir d’expérience spirituelle du peuple tamoul, à

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