Un Parcours

réticences, pour obtenir un statut et pouvoir vraiment participer ; alors que pour Bhaskar, j’étais bien d’accord, lui qui s’ouvrait comme une plante généreuse et trouvait son chemin parmi les Auroviliens et les tâches diverses, intuitif et attentionné et toujours fraternel, je ne trouvais aucune bonne raison pour qu’Anand, si tendre et sensible et prêt à donner, mais beaucoup trop lié à son milieu et à sa famille pour avancer sans entraves, devienne officiellement un membre de la communauté… C’est avant la mi -avril que je repartis donc pour la France. Colette ne s’était pas entièrement remise et les poumons lui donnaient du tracas ; elle éprouvait une certaine détresse à vivre ainsi la diminution de ses capacités, alors qu’elle apprenait tant et souhaitait tant progresser ; son travail lui convenait, mais elle s’inquiétait d ne plus pouvoir assurer une permanence auprès de ses patients ; même si elle était parfois tentée de venir vivre à Auroville la dernière période de sa vie, elle ne pouvait admettre ce qu’elle considérait comme un aba ndon ou même une tromperie vis-à-vis de ces êtres qui comptaient sur elle ; et il y avait René, évidemment, qui la dévorait, l’obligeait à des épisodes de plus en plus extrêmes, la menaçant de se jeter par la fenêtre si elle ne lui prêtait pas plus d’atten tion, ingurgitant des poignées de pilules soi-disant pour se calmer, traitant Odile, leur aide à la maison, aussi mal que possible et pire encore : elle ne pouvait ni le laisser ni l’emmener ici (nous l’imposer). Ma venue lui était précieuse. Il y avait désormais – un renouveau, un nouveau commencement – Auragni ; Colette et Auragni se sont vraiment aimées, reconnues mutuellement, pleinement appréciées. Auragni, tout en poursuivant ses études, prenait de petits boulots le soir ou à mi-temps pour se faire quelques économies ; elle avait ses aventures et notre « rencontre » lui avait rouvert des

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