Un Parcours
Je suis un témoin impuissant : voilà un être, une personne, une manifestation, une femme, une sœur, une amie, une mère physique, dont le corps a porté mon corps, une compagne dont la vie et le chemin sont liés aux miens par l’amour humain le plus inconditionnel qui soit, voilà cet être, cette femme si belle, en travail et en marche et en progrès, qui parvient à ce seuil redoutable, par la loi aveugle qui nous gouverne encore : non pas celui de la mort, de la cessation matérielle ou corporelle, mais celui de l’usure et de la désintégration. Qui peut enrayer, arrêter cet acheminement vertigineux de l’humanité vers sa propre impossibilité matérielle ? Quelle force ? Que faire de toute cette expérience cumulative de ces millions et ces millions d’êtres, qui sont soi -même, là où « bien » et « mal » ne signifient plus rien vraiment qu’inextricablement mêlés, mutuellement absorbés, devenus autre chose ? Il n’y a que la conscience et sa présence inaltérable qui embrasse toujours plus, contient toujours plus, au-delà de toute pensée, de tout discours et de toute émotion, comme un déroulement simultané de tous les possibles, de tous les assemblages, de toutes les créations – vers un grand cœur souverain qui EST. René, qui a encore de l’influence, a arrangé pour que le fils de son ancien assistant, Fournel, lui-même docteur, vienne chercher Colette et s’occupe d’elle pendant le trajet jusqu’a Paris et à l’hôpital Saint -Joseph ; je les ai laissés tous les deux à l’entrée des passagers, Colette maquillée, portant un beau turban et la nouvelle robe que je lui ai offerts, assise dans une chaise roulante, élégante malgré tout… Malini – c’est le nom de cette femme Parsie qui nous a tant aidés, et à qui Colette, pendant le trajet en ambulance de la clinique à l’aéroport, a montré fièrement ses genoux encore lis ses, avec une expression mutine si féminine que Malini s’en est réjouie, toute J’ai pu marcher quelques heures dans la ville…
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