Un Parcours

Il y a cette lutte entre une possibilité de paisible harmonie qui devient plus ample et consciente, et la ruée du désastre telle que René l’envisage et la conjure – et je suis trop petit pour aider ! Colette doit recouvrer sa confiance, mais cette médicalisation intensive, surtout lors de cette seconde opération que j’aurais tant voulu éviter, l’a aliénée de ses propres ressources… J’ai toujours cette référence intérieure – comme des images du passé – d’une mort simple : digne, sans faiblesse ni peur, sobre. Et en cette époque où nous sommes maintenant, un certain type de connaissance mentale et pratique s’est développé de manière si poussée et si aigüe et si fragmentée à la fois, et avec un tel pouvoir d’hypnose et de conviction, que c’est comme si on ne savait plus mourir, on ne savait plus s’en aller. Chaque jour je reçois des appels de solidarité d’Auroville – Arjun, Barbara, Kusum, Selvam, John et Jean Yves - et de Francis et Christiane en France ; ce matin Colette s’est mise à crier, qu’elle n’en pouvait plus de cette torture, qu’on la laisse s’en aller… J’ai dû me fâcher un peu, pour qu’elle accepte de se nourrir ; l’engorgement des poumons se résorbe ; je copie la liste des m édicaments absorbés, près d’une vingtaine et, je croi s bien, la moitié d’entre eux doit contrer les effets de l’autre moitié… Parfois, je fais exprès de me fâcher, pour qu’elle tourne ses facultés mentales utilement, au lieu de laisser agir cette hypnose délétère… Colette s’est ressaisie ; on lui donne une chambre à elle, dans laquelle je peux aussi dormir ; le voyage est prévu pour ce lundi soir ; c’est comme si on avait longé un précipice dans la nuit et on arrivait à nouveau dans la lumière ; les mess ages d’Auroville sont pleins, cette équipe de fous qui T’aiment, quelle joie !

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