Un Parcours
Nous avons essayé d’accueillir et d’encadrer un peu un jeune gars, un orphelin qui a grandi dans une maison d’accueil, qui s’est fait prendre alors qu’il était sur le point de réussir une profitable escroquerie dans le service financier ; j’ai de longues conversations avec lui, il me raconte sa vie et ses hantises, maintenant qu’il a été condamné, à la perspective d’une étiquette qui ne le quittera jamais… Je comprends ! En quoi nos créations humaines sont-elles jamais supérieures à celles de la Nature ? J’ai du mal avec ces matériaux et ces techniques que nous croyons devoir employer afin d’atteindre un seuil de perfection matérielle qui nous semble justifier nos efforts… Car on ignore volontairement le gâchis commis par l’extraction et les transf ormations arbitraires de ces matières que nous exploitons et utilisons pour notre satisfaction de créatures soi-disant évoluées, mais le gâchis grandit plus vite que nos exploits clinquants et nous empoisonne sûrement… Pour retrouver G. dans son champ de cajous, comme nous en avons pris l’habitude, je pousse mon vélo par -dessus les talus et entre les branches basses ; chaque année davantage de détritus jonchent les terres et les ravines, plastique, verre brisé, enveloppes endommagées, canettes de métal écrasées, une horreur qui envahit tout, comme l’eau nauséabonde qui monte et entre partout… Mais quelle est donc cette obscurité à l’œuvre sur la Terre ? Jérôme d’Astier, que j’ai un peu connu adolescent, m’envoie deux petits livres qu’il a publiés : de remarquables témoignages sur la prostitution masculine, sur ces jeunes gars qui se font piéger et détruire, et sur le besoin si profond de reconnaissance et d’acceptation de celui qui n’est attiré que par des hommes…
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