Un Parcours

Le pire qui pouvait nous arriver à tous les deux s’est déjà produit : sa mégalomanie associée à sa violence et ma dureté associée à une crainte imbécile, ont obstrué notre chemin commun, mais on le retrouvera, cela est certain… On tourne autour de la Question, on la regarde d’un angle puis d’un autre, on la contemple ; elle se nourrit de notre tremblement de créature comme de notre besoin. La Question est au milieu. C’est un Feu. C’est une transcendance là, au centre de l’espace et du temps, vivante, vibrante, flamboyante, crépitante – ou silencieuse comme l’apparence d’un vide, d’un grand trou au cœur de tout. Une flamme que l’on dirait parfois noire, que l’on devine à peine et qui pourtant dévaste toutes nos certitudes. Ce n’est pas un contraire : c’est au -delà des contraires. C’est ce qui existe entre l’origine et ce que nous sommes, et ce qui attend entre ce que nous sommes et le but, la vraie naissance. Quand on prendra corps dans la vraie matière, celle qui ne trompe plus, ne se retire plus, ne trahit plus, ne se défait plus, n’inflige plus ni masques ni lourdeurs, celle qui tient la charge, qui croît, une densité de lumière sans contradiction. C’est là que nous allons. C’est là qu’il est bon et juste d’aller ! Le Vaste, l’Exact et le Vrai ! Nous sommes encore des singes ; et, à peine, des pointillés. Dans cet esclavage linéaire nous n’existons que çà et là, presque accidentellement ; jamais entièrement, jamais pleinement, jamais uniment. Et c’est ce temps -là, ce faux temps, qui use. J’écris, j’écris – ça déborde, ça veut s’exprimer, ce voyage a suscité un besoin plus grand de communiquer, de « dire », et cependant ce dernier livre est refusé par déjà plus de deux éditeurs…

Vivre dans les tropiques, c’est aussi pourrir – on a la nostalgie d’un climat de préservation, quelque part dans une vallée secrète en

489

Made with FlippingBook flipbook maker