Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Je pense absolument à t’envoyer mon texte… mais j’ai dû me séparer de ma dernière photocopie ; je vais m’occuper d’en faire refaire.

Et d’ici là, devines : je vais avec toi et t’aime !

Colette.

***

Mardi matin 29/9/92

Aimé,

Dimanche j’ai réussi à emmener René au cinéma – c’était pour Satyajit Ray : son tout dernier film avant sa mort, « Argantuk », « L’étranger »… Quelle merveille encore une fois ! J’ai certes vu bien des films, grands et beaux… Mais je n’ai rencontré que chez lui ce mélange de douceur, de tendresse, de lucidité qui dénonce et souligne la violence, l’exploitation, la vulgarité ; d’élégance profonde aussi (il y a dans ce dernier film un acteur qui, loin d’être beau, a cette profonde élégance de gestes, d’attitudes, comme beaucoup d’Indiens je crois…). Et puis ce qui me frappe le plus, c’est cette conjonction dans la plupart de ses films entre leur côté intimiste et la présence du monde. Ce n’est pas par hasard qu’il ait fait un film d’un livre de Tagore, « La Maison et le Monde »… … Je suis en train de lire « Pluie d’été » de Marguerite Duras ; je te dirai mon impression lorsque je l’aurai terminé. En attendant je le trouve en effet surprenant ; j’ai lu pas mal de ses livres, et entendu pendant de longs mois une patiente m’an parler à l’occasion de la thèse qu’elle faisait ; je retrouve son style (« Disait rien la mère… »), le rôle fondamental du personnage maternel et, plus que tout, dans tous ses livres ou presque, l’amour entre le frère et la

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