Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Vendredi 20-9-91

Aimé,

Petit complément à ma lettre d’avant-hier. J’éprouve le besoin d’y apporter certaines précisions ; peut- être ont-elles un caractère de légère futilité, mais en fait je les ressens comme ayant une certaine importance. Ce fameux jeûne de cinq jours : il est bien évident que je ne vais pas m’y jeter comme ça, un beau jour. Je veux m’y préparer ; d’ailleurs tu m’as bien montré qu’il fallait respecter le corps, ne pas lui imposer d’excès. M’y préparer c’est par exemple faire l’expérience d’un jour – comme, au fond, je l’ai vu faire autour de moi dans mon enfance, et plus tard lorsque j’ai connu André Mercier, très féru de disciplines corporelles. J’en ai parlé hier à ma masseuse, qui préconise la douceur : un jour où l’on n’absorbe que des légumes, un autre que des fruits ; et voir ce que ça donne, en attendant de pratiquer cette cure des 5 jours, qu’elle connaît. Mais il faut que j’ajoute ce que je viens de remarquer aujourd’hui et qui me trouble, mais agréablement : d’abord, ce matin j’ai constaté qu’en 4/5 jours j’ai perdu une partie de ce qui est à mes yeux un excès de poids ; ce qui m’a amené à prendre conscience que je m’étais mise à « penser » à boire – plus que ça, à m’en créer le besoin ! Evidemment, je pense au bon effet de ma dernière séance d’acupuncture. Mais ce que je ressens est à la fois d’une extrême précision, et difficilement cernable : comme si le corps avait agi sans m’en prévenir, qu’il s’était mis sur la bonne voie à bas bruit ; comme si encore il avait pris les devants en se détachant de certaines mentalisations, pour avoir en quelque sorte le droit à « sa » parole… ! Conclusion : il y a en moi un besoin actuel d’une certaine aventure intérieure qui donnerait une grande place qu corps ; d’autant que je m’aperçois que cette place que je lui ai donné si longtemps tenait essentiellement compte, je ne

893

Made with FlippingBook flipbook maker