Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Mais je dois ajouter que, juste avant notre départ en promenade, il venait de prononcer, avec conviction, des mots à ne pas entendre… !: « Mais, tu comprends, la vieillesse c’est une déchéance, tu comprends bien que c’est un naufrage… ! » Je n’ai pas pipé mot ; mais il a bien vu à ma tête que je considérais ça comme de sacrés projectiles… Plus tard, il m’a dit : « Tu as l’air mécontente de moi… ! » Alors j’ai trouvé toute ma véhémence pour lui dire ce que je pensais, et qu’avec des mots comme ça il ne fallait guère s’étonner, entre autres, qu’il éprouve de telles fatigues… Etc. Et ma colère lui a fait du bien. Mais quelle tristesse de le voir si souvent aux prises avec tout cela ! S’y ajoutent ces tremblements qui augmentent, l’empêchent d’écrire, de lire un journal s’il n’a pas un bon appui, et tant de gestes quotidiens que l’on fait d’ordinaire machinalement. Demain, il voit un neurologue ; ce peut être un « Parkinson » ou l’effet d’une hérédité à partir d’un certain âge… ; dans les deux cas il semble qu’on soigne ces troubles… Il se peut aussi que le Chinois puisse y faire quelque chose : grand progrès, c’est René lui-même qui m’a demandé de lui en parler ! Bref, lorsque je fais une sorte de bilan de toute la vie de René, et que je songe à ce que tu m’as si justement écrit à propos de lui récemment, la question qui se pose d’emblée, c’est : « Mais qu’est-ce que c’est tout cela, ces sortes de tempêtes chez un être humain, ces remous… ? » Et je crois que la réponse est dans ta récente analyse… Et avec tout ça, très gentil… ! Quant à moi, voilà : tu auras le temps de me donner ta réaction avant que je ne décide éventuellement de réaliser la perspective dont je vais te parler… J’ai vu le Chinois avant-hier. Moment sans doute décisif : pour lui dire le bien que m’avaient fait les dernières séances, je n’ai trouvé qu’un geste signifiant, l’élargissement de la poitrine, l’espace, l’extension, une sorte de souffle.

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