Lettres à Divakar jusqu'à 2005
(comme si je ne le savais pas, depuis le temps, dans mon travail avec certains déprimés !...). Cette crise a néanmoins peu duré, la gentillesse a retrouvé son niveau ; mais : je l’ai très mal prise ! Et je ne crois pas que cela soit regrettable. En définitive, ce que je veux dire, c’est qu’il y a eu en moi un certain processus, indicible… : comme si j’étais fortement renvoyée à moi, non pas « égoïstement », mais à la manière d’un ajustement photographique – un déclic et les bonnes distances se font. C’est une sorte de décantation je crois, et qui me servira à coup sûr de rappel. Je pense que voici un exemple de mes propres découvertes que tu me demandais de t’exprimer. D’autres qui sont peut-être moins directes, liées aux évènements. L’autre jour, Mollereau était mal à l’aise : il y avait eu le massacre de la famille amie du Général Aoun au Liban, et donc, aussi, de leurs enfants. Ce n’est pas que Mollereau en était ému, bouleversé ; mais qu’il ne pouvait pas comprendre, prendre cela en lui ; cela le dépassait, moralement et surtout mentalement… Quelques jours plus tard j’ai éprouvé cela à propos d’un film particulièrement remarquable et stupéfiant, fait par deux reporters d’un grand courage et d’une grande exigence, sur la guerre et pendant la guerre d’Afghanistan. Un exemple, là, de ces individus qui, isolément, redonnent espoir et confiance. Stupéfiante également cette histoire du Maroc et du livre de Gilles Perrault que je suis en train de lire : un dossier hors de tout soupçon, de tout doute – l’horreur. Et tu vas voir que les « intérêts » économiques sacro saints vont amener la France à se plier plus ou moins devant le cynisme d’Hassan II, alors qu’on devrait cesser toute relation avec lui… Plus la crise du Golfe, et la … nécessité !... de faire la guerre, plus l’Inde actuellement, plus le saccage de la Nature ! Ça fait beaucoup ! Peut-être que si de Gaulle était là il y aurait au moins de la dignité !?
827
Made with FlippingBook flipbook maker