Lettres à Divakar jusqu'à 2005
capable d’utiliser sa pensée, et non plus seulement ses pensées, à communiquer sur un tout autre registre. Ne serait-ce que de soi à soi-même, mais dans un dépassement qui fait place à la conscience, autrement mieux sans doute que ces dialogues qui s’apparentent au plaisir de la rêverie. En écrivant tout ceci, j’ai le sentiment qu’en moi, il y a un « Moi » de plus en plus fort (pas l’ego !) mais un « Je » qui depuis toujours reste en retrait ; ce qui peut-être te faisait m’écrire en mai que j’apprends à me centrer, mais que je ne suis pas encore consciente de l’axe, que je n’en suis consciente que négativement, par un manque. Ce qui pourrait signifier, dans la logique de ce que j’écris, que ce « Je », là, en moi, avec moi – un moi de plus en plus fort donc, ça je le sais – ne sait pas encore faire alliance avec lui, se fondre à lui, dans une « paix active », et vers une Force d’un autre niveau. Je ne sais si ce que j’écris là rend bien compte de ce que je ressens en l’écrivant et en le pensant ; mais il y a derrière quelque chose de nouveau et d’ouvert. En tout cas, si je ne suis pas près d’abandonner ce dialogue singulier avec toi, du moins puis-je travailler à ce qu’il ne me rende pas quitte d’un certain nombre de choses. Comme je te l’ai dit, cela a été merveilleux, dans ta lettre reçue entre Bretagne et Midi, cette aide très ferme pour lutter contre mes tracas physiques. Je la relis, l’apprends, me la redis, essaye de m’y couler. Une phrase m’a apporté une jubilation, un soulagement, une gratitude ; j’étais reconnue dans ma « nature » : « ce qui se passe dans mon corps et ma conscience ne regarde personne »… Or, voilà ce qui s’est passé durant les jours de cette fichue cruralgie et même après : René (toujours lui, hélas, avec son ambivalence foncière et pas seulement à mon égard…, j’apprends à ne pas lui en vouloir car il en est peut-être la première victime), René donc a parlé à tous sans exception,
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