Lettres à Divakar jusqu'à 2005
D’autre part, ta suggestion d’un « journal » m’intéresse bien : c’est pour moi (avec ce que ça exige) comme une révolution à bord… ! Et ce voyage dans le Midi, non, il ne m’enthousiasmait pas. D’abord il y avait la séparation précoce d’avec les Prévôts et la mer, plus somptueuse que jamais. J’appartiens vraiment à deux lieux : Sincérité et les Prévôts ! Séparation, je dirais faussée, par les incertitudes maladives de René. La nuit ayant précédé notre départ a été, si je puis dire, inaugurée par ce dialogue : « Mon pauvre chéri, je suis malheureux de t’imposer mon indécision en tout ; ce voyage, pour toi, comment pourrait-il te plaire… ! » « Mais non, ne t’inquiète pas, il y aura sûrement de bons et beaux moments qui me plairont… » « Oui, et pendant ce temps-là je compterai les jours pour rentrer à Paris… »… Bon. Je me suis fichue dans une sacrée colère. Et nous sommes partis. En fait, René n’est pas bien : autodépréciation, vieillir, inertie, refus, etc. Et je me dis que dans un couple si l’un des deux est mal en point, l’autre porte une part de responsabilité. Néanmoins je ne tarde pas à reprendre mon « indépendance » d’esprit, qui d’ailleurs l’aide beaucoup plus que s’il me voyait me déprimer avec lui (selon sans doute des vœux « inconscients »). Nous avons en tout cas fait des promenades superbes et très différentes. Je n’oublierai pas la dernière – et comment veux-tu que je ne sois pas frappée par mes irrégularités : une marche de plus de deux heures, dont la plus grande partie en montée assez abrupte jusqu’au sommet, presque, des « Dentelles de Montmirail », des rocs ocrés tout découpés. Aucune fatigue du dos, souffle régulier… (résultat,
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