Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Rien, rien n’y fait, il avance comme un bulldozer, irrattrapable, imprévisible sur le moment – car en fait tout répond à un même, à un éternel schéma. Je veux tout de suite préciser que toutes mes remarques portent sur ce côté primaire en lui – ce côté-là de ce que j’appelle son inébranlable ambivalence. Un exemple, où je me trouve si souvent dépassée, « refaite » : comme tu sais, du moins je te l’avais écrit un jour, il est rare qu’à ces niveaux de sa personnalité il agisse « pour », si ce n’est assorti d’un « contre », élément mobilisateur d’une promptitude remarquable. L’exemple : moi qui redoutais sa colère, son jugement à propos de Krishna et de son silence à mon égard, cela a été un peu stupéfiant de le voir courir vers lui, dés qu’il a compris que je ne l’avais pas vu… Des recherches de « complicité », il y en a des tas comme ça. Aruna est dans le lot, il est prêt à en faire une douce victime pour aller à son secours… Il souffre en réalité d’une hantise : ne pas être le premier. Il ne supporte pas (il m’en avait consciemment parlé récemment) d’être le troisième personnage, il veut rétablir une relation à deux, etc. Sa vanité est véritablement l’élément le plus dangereux de sa vie. Depuis que nous sommes rentrés, tout d’abord, comme par un déclic, l’autre côté de l’ambivalence se manifeste : gentillesse, tendresse (dont je me dis qu’elles doivent être … insoupçonnables pour « notre public » à Sincérité !) à mon égard comme au tien. Une période de dépression, au cours de laquelle il s’est senti menacé d’être dépassé par son côté incontrôlable, « violent, méchant ». Il a vu un psychiatre qui lui a donné quelques médicaments très légers, apparemment efficaces ; surtout, à mon avis, dans la mesure où ils lui interdisent de prendre tous ces petits comprimés dopants qu’il absorbe en douce (on n’a de contacts avec lui qu’à travers ces drogues, en fait).

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