Lettres à Divakar jusqu'à 2005
me permet d’avoir une sorte de représentation très simple et libre de mentalisation ; et de percevoir le travail d’ajustement de ses propres choix et décisions que ce regard interne rend possible. J’imagine l’intérêt que l’on peut prendre à un tel travail – et par intérêt je vois tout autre chose qu’une somme de réflexions ou de pensées séduisantes, mais une participation du corps sur un mode conscient. Pourtant, il y a un « mais » pour moi (dont je ne suis d’ailleurs pas toujours clairement assurée) : Dieu sait que son engagement total est positif, et que sa vie de militant (qui va constamment d’un pays à l’autre, d’un avion à dix autres en l’espace de quelques semaines, et qui dort à peine) est efficace. A peine rétabli, le voici parti pour Bonn, puis ailleurs aussitôt. Il faut bien qu’il y ait des hommes comme ça, je le sais. Pourtant, pourtant… il y a quelque chose, là, qui n’est pas à sa vraie place, je le crois. Et les problèmes posés, le sont-ils à l’échelle souhaitable ? Vraiment je ne sais pas. Et les rares fois où on le voit, on le sent frustré de cette part de lui, qui s’exprime quand ? Il est vrai qu’il faut une durée dans tout cela – et justement je crois que le temps ne se laisse pas impunément morceler, et qui plus est dans des espaces qui sûrement s’annulent à force de se succéder, de quoi en perdre le souffle, sauf pour un militant. Et pour moi c’est là que se pose précisément une question ; qui a mûri en moi depuis notre retour d’Auroville, ayant retrouvé Ilan fatigué, avec un embonpoint mal venu, et puis cette récente agression… Oui, tu as raison, Ilan est un gentil homme ; et d’une intelligence vaste et sensible.
Voilà. Plein de baisers et de tendresse,
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