Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Vendredi 6-6-86

Aimé,

Eh bien, ma compagne de recherche en vitraillistes me lâche ! Oui, Elie a brusquement décidé d’aller aux environs de Toulouse dans une communauté, où va de temps en temps Christian, d’inspiration bouddhiste (deux moines tibétains y séjournent) ; tout ça après avoir entrevu le Dalai Lama en visite à Paris ! Depuis quelques jours son humeur s’était assombrie, et je comprends mieux maintenant que « certaines hallucinations un peu délirantes » sont les signes avant-coureurs de ses départs. Par ailleurs, elle est si seule qu’on comprend qu’une communauté puisse lui donner un temps l’illusion de sortir de sa solitude - jusqu’au jour où elle s’arrange à en être rejetée, ou à la rejeter, pour aspirer de nouveau à se retrouver soi-disant libre et seule… (Suit un r apport détaillé de son entretien avec une artisane vitrailliste et des coûts à envisager) … Le grenier aux Prévôts : que je te raconte ! L’été dernier Claude Féo, couché dans le lit du grenier, s’est aperçu qu’à un endroit la toile du plafond semblait distendue ; cela ne se voyait en effet que de cette place, sinon il y a longtemps que je me serais aperçue de ce qui se passait, autrement dit, que la plaque d’Isorel (tu te rappelles ce camarade à toi qui en avait posé partout) s’était effondrée. On fait venir le tapissier ; il tâte, constate que le phénomène se produit sur toute la longueur, et on décide qu’il viendra reconsolider tout ça. Suite de l’affaire : la toile déclouée, catastrophe ; cet Isorel, mou, est en charpie presque partout, et la toile usée. Bon ! Pour tout dire, j’ai à mon grand étonnement pris assez bien la chose : au fond de moi je savais que ce matériau

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