Lettres à Divakar jusqu'à 2005

palabres, les violences, les « sottises » aussi, de certains … mentalisateurs aurovilliens.

On a passé quatre bons jours ensemble aux Prévôts, malgré cette pluie incessante – à chacun sa mousson, après tout ! Il y a eu aussi le film de René, ils étaient contents. Disons qu’il y a de beaux morceaux, en attendant plus d’unité. Comme je te l’avais annoncé, nous avons passé un bon moment seules, Christiane et moi - agréable, bon et confiant moment -, qui entre autres répond à ta question à propos de Francis ; après m’avoir beaucoup demandé de tes nouvelles, Christiane m’a en effet beaucoup parlé de lui et de certaines questions qu’elle garde à son sujet. Tout d’abord elle dit qu’elle se sent infiniment plus libre, ayant lentement et longuement appris à trouver une distance intérieure, qui laisse intact l’amour. Elle se sent beaucoup moins figée, immobilisée, par l’étrange dépendance de Francis au présent ; cette présence au présent qui rend toujours extrêmement séduisants et fertiles, sur le moment, les rapports avec lui, mais qui, dans la mesure où elle est à peu près exclusive, est assez déconcertante pour ses proches… Un présent tel qu’il ne sait pas, qu’il ne peut pas écrire une vraie lettre, car une lettre c’est à la fois inscrit dans un peu de passé et quelque avenir. Et curieusement, lui qui parle et écrit tant sur la nécessité de travailler dans le « relatif », il a aussi une manière de vivre le passé comme un Absolu ; ainsi il dit, et à juste titre, à propos de toi et de lui : « je l’aime, il m’aime, nous sommes très bien ensemble »… mais il ne pense pas à t’écrire (comme il n’a d’ailleurs jamais pensé à écrire à Christiane lors de séparations – quelque chose dans le présent le coupe, semble-t-il, ou bien il craint que ce quelque chose lui échappe, ce que je crois)… On a essayé de comprendre certaines choses, ou plutôt on s’est amusées à essayer, car c’est complexe un être

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