Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Tu as raison de souligner l’importance pour moi de ce qui est une participation concrète, dont en effet je crains qu’elle ne me manque, tel le sol qui se déroberait sous le pied. Mais vraiment, tu m’épaules énormément, et je vois beaucoup plus clair grâce à toi. Il est sûr entre autres que je vais me préparer tout autrement à la visite que je vais faire à Marika Torok. C’est précisément une femme que j’estime beaucoup, et dont les travaux personnels … me paraissent très profonds et très vivants… … Alors, je t’écris au soleil sur la grande terrasse qui prolonge notre chambre ; j’entends le bruit de la source venu de tout en bas. De belles montagnes, verdoyantes et douces, entourent l’hôtel. Beaucoup d’arbres clairs, qui laissent apparaître le roc coloré. Ce pays n’est pas « le mien », mais je le trouve très beau. Jusqu’à maintenant, ce que nous avons vu ne ressemble pas à ces montagnes glacées qui, même recouvertes d’arbres, me font peur… Tout est accueillant, paisible, chaud. Je tiens absolument à voir l’un des grands Causses, à la parcourir… ; c’est un immense lieu, étrange. Ce que j’apprécie beaucoup, c’est que c’est un vrai pays. Les mas sont beaux, assez hauts, de belles pierres, des façades plates un peu austères qui, comme tout l’environnement, portent la marque du protestantisme (et des guerres de religion qui ont opposé les catholiques aux protestants qu’ils ont massacrés). J’ai toujours été attirée par cet accord entre un pays et le destin de ses habitants – beaucoup plus interdépendants qu’on ne le croit en général…
Je t’aime,
Colette.
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