Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Ce sont aussi de parfaites occasions pour moi de porter beaucoup de conscience à mes marches. Surtout celles que je fais dans la campagne ici, où, pendant 1h¼ (l’itinéraire de deux charmantes routes) je suis totalement seule – il n’y a pas une seule maison – et où je peux sans hésiter chercher, adapter, modifier toutes les attitudes ; et j’apprends beaucoup, en particulier en portant beaucoup d’attention aux jarrets, à la souplesse des bras, à ce que le corps demande. Et j’ai vu combien d’efforts pour le moins inutiles, combien de travail injuste, j’ai demandé à mon dos, seul, sans le soutien indispensable des muscles. J’ai vu aussi que, comme pour une douleur dont la source est ailleurs que là où elle est éprouvée, il faut, pour la stature, chercher la bonne position plus loin que ce qui doit être modifié. … Tout à l’heure j’ai regardé avec toi une jolie petite écluse, encore manœuvrée à la main ; un lieu paisible, comme hors du siècle – le long ruban du canal bordé de peupliers, le ravissant petit jardin du couple d’éclusiers, une jolie chatte, trois chiens moins jolis, et du coup presque attendrissants, les hautes fleurs du canal plus violettes que jamais. Et hier soir, avant de m’endormir, j’ai pensé mais cette fois très tranquillement, au travail, indispensable, dont j’ai besoin. Je suis plongée dans le livre de Pisar. Et j’ai terminé celui d’Arnault Tzanck ; je suis très contente de cette lecture, et surprise ; pour un certain nombre de raisons, je m’étais fait de l’homme une image différente ; or, il est curieux qu’à travers ce livre je puisse être certaine qu’il était très tolérant, gentil, ouvert (et pas du tout le même genre d’intelligence que René) ; j’aimerais bien que tu le lises ; je te l’apporterai en décembre ; c’est vraiment très Mercredi 19 h

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