Lettres à Divakar jusqu'à 2005

créer une sorte de décalage par rapport « au propos de tout le reste ». Autrement dit il voit une difficulté à passer d’une intense aventure personnelle à un propos qui est donc de tirer des enseignements de certaines évidences – plus précisément, de passer de cette intensité-là à la tranquillité même du propos, la seconde étant pour lui altérée par la première. Il me faut préciser qu’en relisant mes notes, un rapprochement m’est soudain venu à l’esprit : c’est que Flamand, à la suite d’une ancienne et grave tuberculose, a d’importants troubles respiratoires. Ce rapprochement imprévu vaut ce qu’il vaut bien sûr ; mais il m’intéresse dans la mesure où il m’a immédiatement rappelé la secrète impression que j’ai eue en l’écoutant : que, précisément, cette « partie » consacrée à Mère semble l’avoir essoufflé. Ce qui, peut-être, renvoie à ton propre souffle qui a porté, accompagné ton texte, écrit d’un jet m’as-tu dit… 1. Une grande curiosité (ce serait intéressant de savoir pourquoi), un besoin (assez complexe) de savoir ce qu’est Auroville avant d’entrer dans un témoignage sur Auroville. 2. Mère… ce que j’avais flairé lors de cet entretien, et qui n’était après tout que la confirmation de ce que moi, Christiane, Monique et bien d’autres ont toujours ressenti de lui et du Seuil à l’égard des femmes : une méfiance profonde… J’ai dû d’abord défaire ce qu’il a glané de la fameuse légende « Mère et l’argent », « l’argent et l’Ashram »… Mais il y a une autre question, infiniment plus obscure et qui vient de très loin, en lui, de son subconscient, et dans le temps, c’est-à-dire depuis qu’il a entendu parler d’Auroville : « Et Aurobindo ? La Mère, qu’est-ce qu’elle en a fait ?! ». Comme beaucoup de gens, il se sent rassuré par une pensée, une « philosophie », on est en terrain connu. Ces commentaires ont confirmé certaines de mes impressions lors de mon entretien avec lui…

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