Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Le 23-4-85

Aimé,

Tant de lettres depuis mon départ, tu vas trouver que je suis drôlement bavarde, eh bien c’est comme ça !

Voilà, l’ère des décisions parait florissante ! Comme j’ai enfin admis que jamais René n’aurait l’énergie de ranger, classer, éliminer, tout ce qui dans l’appartement ressemble à un débordement, à une invasion (dossiers, papiers de tous ordres, imprimés, livres, qu’il accumule depuis des années), j’ai décidé de m’y mettre le dimanche – aidée par lui je l’espère. Je vais commencer par les dossiers… Ensuite les livres : il y en a au moins un tiers sans aucun intérêt, ou du moins qui ne méritent pas d’être gardés. Je pense les donner chez l’Abbé Pierre... Il faut faire de la place, car on achète pas mal de livres en ce moment qui, eux, sont dans l’ensemble intéressants. J’ai donc pensé à en emporter aux Prévôts, bien choisis et sélectionnés. Ce qui implique de faire faire des rayonnages. J’ajoute que j’ai maintenant besoin que la maison en soit en quelque sorte habitée. Mais où ? Mon idée – et je te demande si ça ne t’ennuie pas – c’est ta chambre, où je travaille. Ta chambre, inchangée, sauf : repeinte toute nette, doubles rideaux avec tringles et anneaux de bois, légers, jaune pâle (comme nous en avions convenu par lettre, tu te souviens), et cette longue et étroite table, parallèle aux fenêtres, de telle sorte qu’assise à écrire, mon regard se pose tout près des arbres et de l’horizon ; et bien sûr, comme tu me l’avais demandé, la petite table orange est là, dans un angle.

371

Made with FlippingBook flipbook maker