Lettres à Divakar jusqu'à 2005
D’autant plus que depuis mon retour à Paris, une singulière économie de mentalisations quotidiennes habituelles s’est imposée à moi. Au point que je ne saurais plus désormais les reprendre, à moins d’accepter d’y perdre mon temps. Enfin, tu sais également combien je souhaite ne pas généraliser à partir de mes propres expériences. Et combien je veux que celles-ci soient l’occasion de nos dialogues, de nos échanges. Krishna : quelques dialogues voici plusieurs années ; deux ou trois rencontres sur quelques sentiers, et cette fois, à Pondy, son grand corps tremblant dans mes bras. De ces impressions fortes, une unité se dégage, très claire. En fait, un sens que l’on ne peut connaître avec lui que des expériences fortes. Pour moi, il a la puissance d’une grande conscience, à laquelle peut se mêler un pouvoir d’ordre magique. Je le sens habité par cette conscience qui peut se déployer en deçà et au-delà, - et par la présence de toute une culture, de tout un passé, celui de toutes la lignée de ses ancêtres, qui se transmet. Je le sens capable de libérer l’autre de tout un fatras : ces fameuses « choses essentielles » qui sont si dérisoires. Et en même temps, ah comment dire, d’enlever avec les mauvaises graines un peu des bonnes. Un excès de puissance, de pouvoir ? Ou le versant d’ombre qui se cache sous celui de la lumière ? Et je crois, vois-tu, que c’est dans son pouvoir qu’il faut chercher les sources de sa fragilité. Tu viens de faire avec lui une extraordinaire expérience ; tu as mené avec lui, pour lui (pour Mère) une lutte superbe. Tu ne peux pas ne pas être bousculé, fatigué. C’est pourquoi je veux – pour Mère, pour lui, pour toi, pour moi, pour Auragni – que tu sois très exigeant vis-à-vis de toi-même. C’est-à-dire que tu gardes et épanouisses toutes, tu
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