Lettres à Divakar jusqu'à 2005

René, encore et toujours, mais en définitive la question est vaste et représente un vaste travail… Je commencerai par n’importe quel bout ; peu importe. Et puis une réponse amène une nouvelle question qui amène une réponse plus précise… Prenons une évolution par rapport, par exemple, à mes craintes ou, plus simplement, à mes éventuelles responsabilités concernant son état. Je peux t’affirmer que je me suis libérée. Je me protège. Je reste à distance. Je pars s’il le faut. Et s’il me vient à l’esprit la question, banale en vérité, « mais qu’a-t-il pu se passer, durant ces deux dernières années, pour qu’il en arrive là ? », aussitôt un brouillard se forme ; et je sais une fois pour toutes que la question est absolument vaine, à tous points de vue. Son « choix », me dis-tu souvent. Et c’est pour moi une référence. Un point de repère très formateur pour ma réflexion, mes attitudes. Un « luxe » m’as-tu dit samedi. Cela me parait tout à fait vrai et juste. J’aimerais cependant que tu y reviennes. Une question me vient tout de même à l’esprit, inévitable : lorsque je le laisse, comme tout à l’heure, seul, avec sur son visage amaigri l’image, la représentation du désespoir, de la désespérance, de la désorientation ; avec son appel incomblable, je me demande « que faire, humainement ? », ou comment un être peut-il en venir là, humainement ?… A cette souffrance ? A Francis, qui m’appelle dés que je reste deux jours sans téléphoner, j’évoquais cette question. Extrait du dialogue : - Moi : Humainement, c’est assez bouleversant. Quoi faire ? - F. : Oui, je vois bien ta question. Mais est-il, actuellement, dans l’humanité ? (Il est question ensuite de la remarque que Maurice et moi faisons, à savoir que René n’exprime plus son désir qu’on l’aide à partir) Et j’ajoute : - Moi : Et pourtant, ses forces « d’anti-vie » sont presque palpables… ; tout le monde le ressent, les infirmières, le

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