Lettres à Divakar jusqu'à 2005
puisque … puisque « ma » vie est plutôt pleine : toi, tous ceux que j’aime, mon travail ; mon livre (que je reprends), tout ce qui de mon passé reste très vivant, présent, etc. Alors ma demande visait autre chose, me suis-je rapidement dit, et j’ai tout de suite vu qu’il s’agissait alors, dans les circonstances actuelles, d’une attitude nouvelle qu’il me fallait adopter… Ce chemin « en travail » qui mûrit lentement avec ton aide, ta collaboration patientes (chemin ardu sans doute avec ses points aveugles)… et ta dernière lettre où, me disant que ce n’est pas à moi de trouver le geste mais à René d’y faire appel pour y trouver l’aide centrale, tu précises qu’ « il faut être presque impersonnel pour que ça puisse passer »… Ce mot, « impersonnel », a joué comme un vif projecteur. J’ai compris : non pas, comme tu le soulignes, dans le champ de ma compréhension active, mais avec une autre compréhension que je ne saurais décrire. Et d’ailleurs presque aussitôt m’est revenu en mémoire un autre mot que tu m’as récemment dit au téléphone à propos de René et de ses comportements : « malsain » ; ce qui a contribué à faire de ces deux mots ensemble une sorte de poussée en avant, et je me sens vraiment, là, cette fois, en route vers un dégagement libéré d’attaches, justement malsaines. Il m’est revenu un autre souvenir : j’ai noté un jour, je ne sais plus quand, que j’avais hérité de mon père son sentimentalisme et que c’était dans la vie la pire entrave. Et j’ai alors comparé, c’est parfois utile les comparaisons, avec ma mère : son extrême gentillesse faite de présence et d’écoute, son ouverture, toujours simple, et sa liberté intérieure, n’empêchaient pas qu’elle puisse être sentimentale (on pleurait bien au cinéma toutes les deux), mais il y a un fossé entre sentimentalité – quand elle est de bon aloi – et sentimentalisme. Toute cette compassion, ce chagrin devant l’état de René (il semble aller mieux depuis hier, mais il est encore dans une misère physique extrême) ont été par trop empreints de ce
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