Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Un obstacle, inhérent à ce progrès même ; cette évolution est nécessairement porteuse de projets, de projections « vers », même informulés. Et là ; « il y a un os » ! Je m’interroge aussi bien sûr ; cette fameuse « angoisse de mort » si souvent signalée, si répandue, l’ai-je ? Je ne crois pas. Je ne crois d’ailleurs pas connaître l’angoisse ; l’inquiétude, oui, en certaines circonstances. Je ne la reconnais pas à travers l’angoisse de patients. En vérité je parle au niveau de ma vie toute entière : exceptionnellement j’ai dû être traversée par cette sensation, par exemple à l’hôpital de Bombay lorsque je me suis soudain mis dans la tête que tu pourrais être obligé de partir avant que le médecin d’Europe Assistance ne vienne, et même que celui-ci serait en retard. Mais ça n’implique nullement la présence d’une angoisse à l’idée d’une proximité avec le Départ. Toutefois je ne sais pas quoi faire, où placer cette proximité ; je me sens – mais peu souvent – comme immobilisée, stoppée. Allons jusqu’au bout de l’honnête lucidité : avec peut-être une certaine appréhension sur le « comment ». Cependant, si mon évolution (ma jeunesse) me renvoie à ces limites, celles-ci en retour me propulsent vers mon mouvement évolutif, et son énergie. Il me faut simplement je crois trouver un terrain d’équilibre, une saine négociation. Je ne sais vraiment pas si tout ce qui précède répond à ta demande (« de tout dire »), et à mes capacités épistolaires de dévoilement plus explorateurs que d’habitude. … Je t’adresse ce jour le livre du sous commandant Marcos ; j’en ai profité pour le lire, et René aussi. C’est formidable. Est-ce que son engagement si singulier et remarquable aura les effets mondiaux qu’il escompte ?! C’est en tout cas exemplaire et vraiment créateur…
Colette.
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