Lettres à Divakar jusqu'à 2005
annulation : c’est cela la nature de certains oublis. De la période violente et agressive je prendrai pour référence ces insupportables mots : « je suis mort, ce sont les bribes de vie qui m’encombrent ». Et des mots comme ça, il y en a eu bien d’autres. De ceux qui provoquent en moi des réactions, exaspérations, défenses, refus … tu imagines ! Et puis, je ne sais pas, ces mots ont comme trouvé en lui une simplicité, j’en parlerai plus loin. Et en moi s’est installé un apaisement : à coup sûr sitôt après que je t’ai écrit ma dernière lettre avec le chapitre René, cela me fait toujours un grand bien de m’adresser à toi… … Cette simplicité, donc, venue en lui après l’orage de ce vocabulaire exacerbé, caricatural, - et peut-être mon apaisement – ont ce résultat : lorsqu’il me dit calmement, gentiment, qu’avoir atteint 85 ans ; c’est déjà bien, mais que poursuivre avec ce qu’il appelle son « infirmité », cela n’en vaut pas la peine, je fais taire une révolte. Finir sa vie avec moi, comme il me dit, oui ! Mais tel qu’il se ressent et se trouve, non ! Je me dis alors : « de quel droit contester son attitude ? », « d’où parlerai-je à sa place ? », « comment vivrais-je ses difficultés, sa solitude corporelle ? », « pourquoi ne pas le comprendre ? »… Mais par ailleurs, je ne peux ignorer simplement les constats que mes réels 25 ans de pratique psychanalytique m’ont permis de faire, à savoir les fabuleuses forces qui rappliquent chez certains patients dés qu’un travail de conscience se met en route. Je l’ai maintes fois observé chez René, à plus forte raison dans la situation actuelle qui ouvre les portes à ces forces (« Vous travaillez contre moi », disait-il l’autre jour ; « vous » = moi et les médecins !)… … Autre complication : cet étonnant alliage en lui entre une absence évidente de la plus élémentaire connaissance des besoins du corps, et un savoir biologique certain (je dis « alliage », il faudrait dire « dysharmonie »)... … Difficile d’être le témoin de tels choix. Et aussi de tels vire voltages : le jour et la nuit entre ce qu’il a été et vécu durant ton séjour, qu’il évoque souvent, et ce qu’il traverse actuellement…
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