Lettres à Divakar jusqu'à 2005
l’essentiel. C’est d’autant plus souhaitable que la situation de Patricia et ce qui en ressort – dont nous nous sommes entretenues avec Christiane – parait poser de nouveaux problèmes. Il y a quelques jours, m’est revenue en mémoire une petite scène, qui m’a servi de base, d’illustration plutôt, à certaines réflexions que je me connais depuis longtemps sans que je les mette vraiment en forme. Petite scène, petite histoire, petit conte philosophique en quelque sorte. Un jour, voici des années, René était rentré à la maison en compagnie de Luba, pour déjeuner je crois. Stupéfiée j’ai été, durant le temps de ce repas, et dés leur arrivée : René (le René que nous connaissons tous, son côté, ou son versant, ou sa partie clivée) était d’une rare agressivité avec Luba, en plus de son caractère d’impolitesse confondante. J’étais muette, ou bien tentant de compenser comme je l’ai fait souvent (je me rends compte ici de mon évolution : il est certain qu’à l’heure actuelle j’interviendrais auprès de l’infortunée pour l’engager à réagir !). Or, le moment du départ de Luba venu, quasiment sur le pas de la porte, René, peut-être soulagé de la voir partir, lui dit au revoir aimablement, et sûrement en plaisantant comme à son habitude. Que se passe-t-il alors ? Luba s’exclame « qu’il est bon, ce René, qu’il est bon toujours ! »… Bon ! Une telle scène est loin d’être exceptionnelle : Guite, par exemple, qui en prend souvent plein la figure, se débarrasse au plus tôt de la dégelée qui la blesse toujours, et revient plus soumise que jamais au « bon » René plein d’intelligence et de finesse. Encore que, à deux reprises ces temps-ci, elle est restée quelques jours silencieuse et m’a demandé un rendez-vous pour que je l’aide à répondre – et à encaisser – sa question : « pourquoi, comment peut-il être si méchant parfois, alors qu’il est si bon ?! »… Morale de ma petite histoire. Un premier point : j’ai constaté (mon expérience de travail m’a confortée en ce sens) que s’il est difficile pour beaucoup de gens, et moi-même pendant longtemps, de mettre à sa bonne place, disons le « mauvais côté » de telle ou telle personne, ce n’est pas uniquement,
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