Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Ce qui me ramène, il ne faut pas s’en étonner, à mon « état » à Sincérité cette année, et à ce que j’appelle mon « désoloir ». Si je t’en reparle c’est pour souligner que je veux aller jusqu’aux points faibles pour accéder à cette tranquillité dont tu m’as parlé …, je souhaite être attentive à ceci : maintes fois nous avons évoqué ce parcours dans ma vie qui m’a offert cette évolution quasi régulière, passant d’un progrès à un autre grâce aux divers tremplins qu’il m’était donné de rencontrer. Mais cela ressemble en quelque sorte – et j’ai pu en donner l’impression – à un heureux ronronnement. Aujourd’hui c’est à un « travail » que je suis confrontée. Cette tranquillité, il me faut y collaborer consciemment. « Ce qu’il y a derrière », m’as-tu dit tandis que je me plaignais que Mère ne m’aide pas dans mes tourments du départ (à ce propos je crois que j’étais d’autant plus perturbée par celui-ci qu’il s’y ajoutait en filigrane, et contradictoirement, le fait que je savais nécessaire mon retour en France afin de me soigner). Donc, que vois-je, et qu’il me faut « tranquillement » intégrer ? Non pas de vagues images de certains jours où je ne me sentais pas … à mon avantage ! Mais pire : soudain c’est comme si j’avais pris du recul et me voyais à l’aéroport : la tête, la silhouette (sous les yeux attendris des deux douaniers, mais surtout sous tes yeux), et j’en éprouve une certaine honte. Voilà, exactement, ce que je dois – ni gommer, ni refouler -, mais mettre à une juste place dans mon propre regard. Je ne sais pas très bien dire tout cela, mais je perçois bien ces choses. (Et je ne trouve ni ridicule, ni enfantin, ni bêtement narcissique mon souhait que tu mettes ensemble toutes mes photos, y compris celles, anciennes, que je t’ai apportées l’an dernier. C’est au contraire le besoin d’une totalité qui me permette, justement, d’intégrer, gentiment, la silhouette de l’aéroport). D’autant qu’il est indispensable pour l’exactitude du tableau que j’ajoute à ce versant de « maladie » le repos que j’ai goûté profondément : des minutes, des heures dans le
1324
Made with FlippingBook flipbook maker