Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Car pendant tout ce mois de la Coupe Mondiale qui s’est tenue en France, comme tu dois savoir, je n’ai guère cessé de râler contre tout ce foin fait quotidiennement autour, ne regardant aucun de ces matches, dont je ne connais pas les règles. Et puis, tout de même, pour cette finale France/Brésil, je me suis sentie tenue de jeter un coup d’œil. Alors voilà, je regrette de ne pouvoir te transmettre véritablement ce « quelque chose » qui est passé par là, et qui n’est pas rien… Pour moi, je dirai que ça a commencé au moment où on a suivi l’arrivée, depuis la campagne où l’équipe était logée, jusqu’au superbe stade de Saint Denis : un immense car pénétrant lentement, presque au pas à cause de la foule exaltée qui l’entourait. Emue cette foule, c’était incontestable. Pas, ou pas uniquement, de l’hystérie collective, cela ne fait aucun doute. « Lentement » : ce qui fait penser, tu sais, à la lente arrivée d’un navire, ou d’un train, qui ouvre le chemin. Il y avait à mon avis, à ce moment-là, deux issues pour ces joueurs parvenus en finale : soit être gênés par cette attente, cette demande du public, soit être nourris par celles-ci. Ils ont gagné et bien gagné, avec élégance à l’égard de l’équipe adverse. J’ai tout regardé, et tout suivi. Mais ce n’est pas tant cela qui m’a marquée, comme beaucoup de gens. Cet enthousiasme collectif (partout en France, dans toutes les villes, et les Champs Elysées entièrement livrés à la foule massée devant les écrans géants… etc.), qui retombera forcément, n’en n’a pas moins été parcouru d’une aspiration, créée, partagée, du fait que chacun savait que ce match était regardé quasiment dans le monde entier ; que les deux équipes étaient comme investies d’une mission ; cette ré union, dans un même instant ; que l’équipe française est un modèle d’ « intégration », je préfère dire de fraternité, avec des jeunes noirs dont l’un a beaucoup fait pour la réussite, un véritable danseur jouant, et se jouant, du ballon. Qu’il y a entre eux tous, c’est visible, une solidarité – y compris avec les joueurs brésiliens. Que leur entraîneur est
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