Lettres à Divakar jusqu'à 2005
- Lettre de Francis datée du 21 avril 98, que Colette me fait parvenir -
Ces quelques lignes, Divakar, à propos de ce que tu écrivis à Christiane (il doit y avoir un mois déjà) sur un entretien paru dans la revue « Sud/Nord ». Tu avais cent fois raison : le décalage est manifeste entre ce que je m’efforce de dire et le type d’audience dont je dispose. Mais si j’y vois comme toi une contradiction, ce n’est quand même pas au sens où il s’agirait d’un antagonisme figé, d’une indépassable antinomie. D’abord parce que le concept même d’ « intellectuel » est aujourd’hui plus incernable que jamais. Il y a de tout là- dedans ! Depuis ceux qui savent déjà jusqu’à ceux qui sont encore capables de s’interroger ; depuis les hyper médiatisables jusqu’aux hommes de terrain réduits à devenir créatifs « avec les moyens du bord » ; entre théories désincarnées et engagements solidaires. Et la capacité d’écoute n’est pas nécessairement fonction, là comme ailleurs, du niveau de connaissances… Ensuite (mais les deux considérations ne sont guère dissociables) parce que le « milieu » dont tu parles – celui-là même au sein duquel je tente d’exprimer certaines exigences qui me semblent vitales – reflète aussi la société dont il est largement tributaire ; une société (la mienne …) aujourd’hui confrontée à de redoutables facteurs de désocialisation, de plus en plus générateurs de dissociations psychiques dans ses zones les plus défavorisées. De sorte qu’une toute première urgence me parait être de travailler à la reconstitution d’un tissu social et d’un minimum de culture commune, afin de rendre à chacun le goût et les moyens de se vouloir sujet dans un monde de plus en plus dédié aux objets. Or il serait vain de compter, à cet égard, sur les initiatives des « dirigeants » dont la marge de manœuvre ne cesse de se réduire : un prétendu Pouvoir, pris en tenaille entre la quotidienne emprise des marchés financiers et
1289
Made with FlippingBook flipbook maker