Lettres à Divakar jusqu'à 2005

relations que l’on peut avoir avec telle personne que le « hasard » place sur son chemin. Je ne sais si Ana incarne en elle profondément le contraste de l’Espagne. Toujours est-il que je le ressens, à travers elle, presque physiquement. D’où : en l’espace de deux jours, j’ai eu ce double regard qui m’entraînait à mettre bout à bout des impressions, rapides mais sans doute fortes, éprouvées à Sincérité cette année : son incapacité à tenir compte du temps ou à le respecter ; sa « désorganisation » qui finit par mettre à contribution ceux qui l’entourent et à leur faire perdre du temps justement, ou ce que certains pourraient nommer son style d’ « hystérisation », … toutes choses qui me rendaient ambivalente ou en tout cas hésitante à son égard. Tandis qu’en même temps – et notre dialogue de lundi m’y a replacée – j’éprouvais pour elle ce « quelque chose » que je ne saurais nommer ; je le retrouvais, ce sentiment qui me la rend attachante. On ne peut nier également sa générosité, liée sans doute à son immense besoin d’être aimée. Or, toujours en même temps, à l’écouter me parler de sa vie, et surtout de sa mésaventure actuelle, je voyais se confirmer en moi la conviction que ce n’est pas par hasard qu’elle se trouve embarquée ainsi, ce n’est pas par hasard si on se trouve – même des années plus tard – dans telle ou telle situation. En tout cas j’en suis convaincue pour elle. Pas facile à démontrer, certes ! Comment comprendrait-elle cela, alors qu’il s’agit d’une mère déséquilibrée, de voisins et d’une avocate malhonnêtes ?! Seulement, dans son récit, que de petites lacunes qui faisaient tinter mon oreille, que d’inconséquences ou de petites méconnaissances ou inconsciences ; justement toutes ces petites choses qui passent, mine de rien, mais s’ajoutent pour créer une sous réalité qu’on ne voit pas. Et Ana me parait une parfaite représentante de ces processus. Et encore une fois de ces contrastes : cette femme irréaliste qui semble posséder une force secrète, cette mère qui a porté, transmis, amené au monde des filles très belles (en

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