Lettres à Divakar jusqu'à 2005
revient, on lui a dit qu’elle était partie pour quelques jours. Je vérifie, étonnée, au bureau : c’était exact. Bien ! Je me suis naturellement demandé si mes passages au bureau avant l’heure du thé au Matrimandir ne lui avaient pas paru insuffisants ; et si elle en a peut-être été blessée…? Je n’oublie pas que toi-même il t’est arrivé de me dire discrètement « tu vas voir Barbara ! ». Et c’est là, précisément, je peux le dire, que je me suis trouvée fréquemment cette année hors du temps, avec l’impression que j’avais devant moi des semaines et des semaines. Peut-être ai-je été négligente ? Toujours est-il que j’ai écrit à Barbara, pour déjà lui dire ma déception qu’elle ait « dû » ( ?) partir ainsi juste avant mon propre départ ; lui dire cette désorientation qui fut mienne avec le temps ; et engager ma lettre selon nos projets de questions. Pas de réponse. Le 22 mai je lui ai de nouveau écrit, lui disant que je la sentais fâchée, l’assurant enfin que je n’oubliais pas notre amitié, « passée » donc, etc. Pas de réponse. Voilà. C’est comme ça. Simplement ce que je n’apprécie pas du tout – une forme de valeur morale en moi -, c’est le silence, le mutisme, lorsqu’on est ainsi. On dit les choses, franchement : qu’elle se plaigne, m’engueule, m’accuse, n’importe. Mais cette fin de non recevoir, ce rapport de forces finalement, ou alors cette blessure qui ne se dit que dans la fuite, j’ai du mal, peut-être pas à le comprendre, mais à l’admettre. Cela dit : je te demande au besoin, seulement ton sentiment, ton intuition. Je suis curieuse de situer ce qui s’est passé. Mais ne te crois nullement obligé d’être l’intermédiaire, ou le médiateur… D’autant plus que je suis en train de me demander si cette amitié n’avait pas une certaine surenchère dans ses replis ? Et ne pouvait s’incarner vraiment ? A cet égard, je me sens beaucoup plus dans l’expérience, dans le concret, avec Susan.
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