Lettres à Divakar jusqu'à 2005

confusion avec la « religion », à laquelle Auroville est confrontée) Je suis par ailleurs convaincue que l’expérience (celle de Satprem puisqu’il s’agit ici de lui), est celle d’un dépassement – qui doit être à la fois comblant et douloureux – des limites de notre pensée. Egalement, je ressens profondément ce qu’évoque tel psychanalyste (Green par exemple) en disant que l’on fait advenir ce qui est déjà là, à la limite que l’on crée ce qui était déjà là. Paradoxe stimulant pour la pensée…, c’est un peu du même ordre ?... ! Je me dis en définitive – et en même temps je sens que je reste dans une limite – que cette Joie est liée au fonctionnement même d’un travail, celui d’une conscience travaillant à faire advenir la prochaine étape de l’évolution. Cette Joie, c’est ce travail-là, cet accomplissement, cet élargissement de l’espace. Elle n’est pas en-soi comme un objet absolu. Elle est certes trouvée, mais en étant accomplie… Autre chose, Satprem dit bien que c’est la prochaine étape ; mais quelquefois on a l’impression qu’elle est l’étape finale. Car, lorsqu’on arrivera à cette étape, nécessairement celle-ci amènera des mutations, des modifications qui créeront le besoin de poursuivre. Ce qu’en définitive Satprem veut dire lorsqu’il écrit que « lorsqu’on atteint le but on a perdu… » Or, mon sentiment c’est que ce « on a perdu ! » est… dépressif. Et qu’il révèle la quête d’un Idéal absolu qui, justement, au contact de la réalité, et d’une réalité même supérieure, perd quelque chose. A vrai dire, je trouve aussi que j’ai beau jeu, moi qui suis assise dans mon fauteuil en train de t’écrire tout ça, de « raisonner » sur l’expérience de Satprem – dont par ailleurs je perçois la trajectoire, le mouvement, la démarche, l’essence. Et c’est là en quelque sorte pour moi une expérience troublante hors de ma pensée et a fortiori de mes mots. Peut-être pas hors du Mental, mais dans une mutation de celui-ci.

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