Lettres à Divakar jusqu'à 2005

Jeudi 14-7-94

Aimé,

… Tu me dis à la fin de ta lettre, « voilà que j’ai bavardé ! ». Continue, continue comme ça, chaque fois que tu le peux, et en réponse à mes questions. Tu vois, c’est quelque chose de remarquablement vrai et efficace et concret ; tu réponds, là, à ce que je pensais… à travers ces reportages « sur le vif », à ce que j’éprouvais devant les indignations morales, et même courageuses, de certains. Tu mets les choses à leur place en montrant que la transformation doit partir du dedans, tu le dis bien, clairement. Qu’est-ce que je veux te transmettre en ce moment ? C’est que tes mots viennent de ton expérience de chaque jour, et s’adressent à mon expérience – celle de mon travail, de mes émotions, et de ce niveau (irréaliste) de mes « sentiments » devant ces reportages et ces prises de position finalement fallacieuses. D’expérience à expérience (et non pas idées), comme cela peut bien circuler ! Sais pas si j’exprime clairement les choses… ! Tu pourras te dire « qu’enfin » je les découvre ces choses…, mais c’est pas ça, c’est plutôt une progression que telle ou telle circonstance permet plus lumineusement et que ta médiation traduit en direct… Et à propos de lumière… Hier, donc, notre journée Chartres. Je ne saurais dire, c’est sûr ! Les vitraux, la cathédrale : une splendeur, oui. Les vitraux tout d’abord : on dit qu’il y en a environ 1100. Or, aucune sensation de trop-plein, d’excès ; on est ébloui, et plus encore, comblé. Il faudrait sans doute des mois pour, armé d’une longue-vue, découvrir chaque morceau d’un vitrail qui illustre tout entier une histoire de la Bible. Il y en a même, au sommet de la voûte, qui sont inaccessibles au regard. La cathédrale, que nous avons bien regardée, assis devant une boisson : cette immense oeuvre gothique construite

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