Lettres à Divakar jusqu'à 2005
Vendredi 13-5-94
Aimé,
… Suite, et pas fin, tu t’en doutes avec mon rythme actuel… ! Mais j’aime toujours bien te raconter… Alors, j’ai vu l’autre jour quelquechose d’intéressant ; le titre m’avait retenue : « Pina Bausch en Inde ». Il fallait bien ça pour que j’ai envie de regarder : il y a quelque temps j’avais vu un de ses Ballets ; j’étais curieuse à cause des critiques si constamment élogieuses à son propos. Or j’avais été non seulement déçue mais stupéfaite, devant cette volonté de dérision (on dit que ses ballets sont une dénonciation du monde et, par conséquent… sous-entendent l’espoir)… Plus stupéfaite encore lorsque je l’avais ensuite entendue parler, exprimer plein de choses intéressantes et fines. Enfin, j’étais tellement déconcertée par ce style violent – à mes yeux allemand (!)… La voici donc en Inde, regardant les ballets classiques à Calcutta, à Madras, admirative, et profondément, disant qu’elle se sentait bouleversée par les sources que transmettaient ces danseuses indiennes, leurs mains, leurs bras… Et chacun des danseurs de sa troupe exprimant la même émotion. Quant à chacune des danseuses et chorégraphes indiennes, eh bien j’étais surprise de les entendre dire leur découverte des significations cachées de la chorégraphie de Pina Bausch. Je me suis sentie dépassée, ne comprenant pas que je puisse être insensible à ses ballets ; où je vois, certes, une maîtrise du corps, mais sans recherche de la Beauté : des corps mis à mal, mis en situation parfois grotesque, etc. Et voilà que ces Indiennes si belles à travers leur maîtrise à elles me confondaient ! Etait-ce l’accueil à la « modernité » ? Le séminaire Green, cette année, continue aussi de m’intéresser ; ce n’est pas un « passage en revue » mais un éclairage sur la substance des diverses sciences, humaines et autres… cherchant s’il pourrait y avoir, ou non, un bout de
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